Comment je
conçois l'Ufologie (Frank Boitte)
D'APRÈS UNE
INTERVIEW Publiée dans la revue UfoMania n°47 de juin 2006.
Interviewer : Didier Gomez.
#1. Franck
Boitte, vous écrivez depuis quelques années pour la revue belge
INFORESPACE.
FBE : J'ai rédigé pour Inforespace plus de 40
articles à mon nom et une dizaine en collaboration avec d'autres
ufologues. Mes débuts en tant qu'enquêteur et rédacteur à Inforespace
remontent à son n°7 de jan-fév. 1973. Intitulé Les enseignements de la
vague de 1950 au-dessus de l'Espagne, ce premier article était une
analyse commentée d'une étude de deux ufologues espagnols, MM.
Vincente-Juan Ballester Olmos et Carlos Orlando de Soto. Fondée fin
1971, la SOBEPS, a été dissoute le 31 décembre 2007, suite au manque de
moyens financiers et au vieillissement de ses cadres.
#2. Pour la plupart des ufologues vous êtes un
inconnu.
FBE : Inconnu en France, sans doute, étant donné que tous mes
articles sont parus dans la revue précitée. Grâce à l'obligeance de mon
collègue et ami J. Scornaux, un seul, intitulé Eclaircissements
possibles sur la signification des symboles figurant sur les moules de
Desert Center, 20 novembre 1952, qui concernait l'affaire Adamski, a été
accepté pour publication dans le n° 287-288 de mai-juin 1988 de la revue
LDLN.
Au début des années 90, j'avais présenté deux autres textes aux revues
Ovni Présence et Phenoména.
Le premier était une réponse à R. Mahricq au sujet d'une observation
faite à Bruxelles le 31 mars 1990 à 02h30 (affaire Alfarano). Le second,
une analyse de l'ouvrage "Dark White" de J. Schnabel consacré au
phénomène des abductions.
Tous les deux ayant été refusés sous divers prétextes, j'ai dès lors
renoncé à publier dans des revues ufologiques françaises.
D'autre part, le phénomène ovni soulève en moi bien plus de questions
que contrairement à d'autres je n'ai de réponses à présenter. Je n'ai
donc jamais ressenti l'urgence d'étaler mes états d'âme, interrogations
et doutes et encore moins tenter de remplir mon portefeuille ou
satisfaire ma vanité personnelle en publiant des livres ou en venant
pérorer à la radio ou la télévision. J'avais même récemment répondu
d'accord à une telle invitation mais en précisant que ce serait avec un
nez rouge.
#3. Pouvez-vous vous
présenter et retracer votre parcours ufologique ?
FBE : Un résumé de carrière et mon CV ufologique figure sur le site de
Jérôme Beau,
http://www.rr0.org et dans les profils d'EuroUfoNet.
#4. Vous venez de publier un
document dans lequel vous mettez à jour des cas de l'année 1954 en
Belgique.
FBE : Cette publication qui remonte à 2005 n'est donc pas
véritablement récente. Plus que d'une mise à jour, il s'agit du premier
catalogue qui se veut complet des cas belges de l'année 1954. Il
contient le descriptif de 106 cas dont seulement 5 restent à mon avis
inexpliqués. Jusqu'alors, les seules études du genre pour la Belgique
étaient le chapitre consacré aux RR3-4 que lui a consacré J. Sider dans
son livre "Le Dossier 1954 et l'imposture rationaliste" et les Bulletins
n°113 à 116 du GESAG de Jacques Bonabot, un des plus anciens groupements
ufologiques d'Europe, qui m'ont été très utiles pour établir mon
catalogue.
A diffusion limitée, cette revue n'est malheureusement disponible que
sur abonnement et surtout connu dans la partie néerlandophone du pays.
#5. Comment expliquez-vous
qu'en France, aucun livre n'ait été publié spécifiquement sur "la grande
vague de l'automne 1954" même si quelques auteurs comme Aimé Michel, ou
Jimmy Guieu l'ont évoquée ?
Il y avait pourtant matière à écrire un gros
pavé non ?
FBE : Publié aux Etats-Unis en 1957 sous le titre "Flying
Saucers and the Straight Line Mystery", puis en France sous le titre
"Mystérieux Objets Célestes", le second livre d'A. Michel ne traitait
que de cela mais uniquement depuis la France. C'est dans ce livre que
Michel exposait une théorie baptisée par lui orthoténie qui fit ensuite
couler beaucoup d'encre. Nous savons aujourd'hui qu'elle n'était qu'une
illusion due à l'imprécision des données de départ, constituées de
coupures de presse.
Même Vallée a fini par comprendre (et il l'a écrit) qu'il fallait mieux
mettre tout ça à la poubelle, et c'est ce qu'il a fait.
#6. Quel est selon vous le
cas que vous trouvez le plus exceptionnel ?
FBE : Il est difficile de faire un choix parmi les milliers
de cas recensés. Si l'on considère que par "exceptionnel" on entend "le
mieux étudié par des enquêteurs sérieux", mon choix porterait
indiscutablement sur un cas de RR2, c'est à dire avec effets physiques
sur le témoin et/ou l'environnement.
Je citerais par exemple les cas de Soccorro, Valensole ou Delphos.
#7. Les rencontres de
Chalons en Champagne ont drainé pas moins de 10 000 visiteurs en trois
jours en octobre 2005. Des dizaines d'associations et d'exposants
étaient présents, des auteurs, conférenciers etc... bref une grande
première pour l'ufologie européenne. (…) Vous n'y étiez pas, pour quelle
raison ?
FBE : Les raisons sont diverses. La première est que je me
considère avant tout comme un enquêteur et qu'étant donné que le témoin
type recherche habituellement la discrétion, ce n'est pas le genre
d'endroit à fréquenter, mais plutôt une foire, si vous voulez nouer des
contacts pouvant déboucher sur l'examen de cas intéressants.
En second, je me considère aussi comme un chercheur et ne crois pas non
plus que la recherche puisse trouver la moindre opportunité au cours de
ce genre de grand-messe. S'il s'agit de mettre des visages et des
comportements sur des personnes que l'on connaît mal, oui, bien entendu,
ce genre de rencontre a son utilité.
S'il s'agit à long terme d'établir des relations suivies avec l'un ou
l'autre avec qui on s'est senti même brièvement en syntonie, oui
également.
S'il s'agit de rigoler un bon coup, de retrouver des copains que l'on
connaît autour d'une assiette de frites ou d'une bière fraîche, toujours
oui.
Mais il se fait qu'en cinquante ans de carrière ufologique, j'ai déjà
rencontré au moins une fois la majorité des intervenants qui s'étaient
rassemblés là.
Enfin, c'était un peu loin de mon lieu de résidence et avec tous les
radars et petits hommes bleus embusqués sur les routes ...
#8. Quel est par ailleurs le
point le plus négatif de l'ufologie française ?
FBE : Vous pouvez enlever le dernier qualificatif, car ce
point est le même dans tous les pays du monde.
Je le résumerai en deux mots: amateurisme et m'as-tu-vu-isme.
Il y a un peu plus d'un an, la revue Fate Magazine a publié la liste de
ceux qu'ils ont appelée "les 100 ufologues les plus influents du monde".
Première constatation, il s'agissait surtout d'ufologues américains ou
anglo-saxons. Deuxième, encore plus consternante: 95% d'entre eux sont
issus du monde du spectacle: organisateurs d'événementiels,
présentateurs à la radio ou à la télévision, organisateurs de shows,
metteurs en scène comme Stephen Spielberg, éditeurs de magazines people
ou de science fiction, romanciers, acteurs de cinéma, etc. Il est exact
qu'il n'existe pas de "diplôme en ufologie" et, à moins d'un "accident"
dont nous parlerons plus loin, cela ne devrait pas changer au cours des
cinquante années à venir. Mais un tel diplôme est-il vraiment nécessaire
? Je ne le crois pas. Il suffit d'exercer cette discipline de façon
sérieuse et responsable en y appliquant les connaissances que l'on a par
ailleurs acquises dans son propre domaine professionnel, ce qui n'est
malheureusement que très rarement le cas. Ainsi, à peine descendu de son
laboratoire ou de la chaire où il enseigne, le physicien qui s'improvise
enquêteur doit apprendre à respecter les règles selon lesquelles doit
être menée une enquête, le spécialiste en biochimie végétale des
analyses de sol pour lesquelles il n'a pas les compétences requises
ferait tout aussi bien de faire confirmer ses conclusions par un ou
mieux plusieurs phyto pathologues, l'employé de banque qui émet des avis
aussi péremptoires que définitifs sur des analyses de photos au sujet
desquelles il en connaît à peine plus que l'amateur éclairé, l'artiste
peintre ou critique d'art qui s'engage dans de délicates études
comportementales à propos des enlèvements, tous courent à tout moment le
risque non seulement de s'égarer dans leurs délires, mais de nous y
emmener avec eux. Beaucoup d'entre eux sont des demi ratés sur le plan
professionnel qui trouvent là une occasion de donner libre cours à leur
ego boursouflé. J'ai expliqué plus haut pourquoi je ne voulais pas
fréquenter ces gens là.
Un autre point négatif en ufologie est l'usage dévoyé qui est fait du
mot "enquête". Enquête est le mot magique qui fait s'ouvrir les
portefeuilles, qu'il est pratiquement indispensable de placer dans le
litre d'un livre ou au cours d'une intervention télévisée. Mais dès
qu'on gratte un peu, on s'aperçoit que d'enquête il n'y a point eu et
que les meilleurs dossiers se résument souvent à des discussions de
bistrot où l'on a tenté de refaire le monde. L'ufologie manque d'une
bonne définition de ce qui est et ce qui n'est pas une "enquête".
La comparaison avec le domaine judiciaire devrait pouvoir nous éclairer.
Prenons le cas de l'affaire d'Outreau, par exemple. S'il y avait
véritablement eu enquête, plus d'une vingtaine de pauvres gens ne se
seraient pas retrouvés derrière les barreaux. Certains en sont morts et
leurs meurtriers plus ou moins anonymes courent toujours.
#9. Croyez-vous que
l'ufologie manque de figures emblématiques en France ?
FBE: La France a produit quelques uns des chercheurs les plus
pointus, les plus "professionnels" sur la question. Inutile de citer des
noms, vous les connaissez comme moi.
Comme nul n'est prophète en son pays, la réputation de ces chercheurs
est souvent plus grande à l'étranger que dans leur pays d'origine.
D'autre part, étant donné la complexité des problèmes qu'elle soulève,
je ne pense pas que l'ufologie ait réellement besoin de "figures
emblématiques". Ce dont l'ufologie a besoin, c'est d'un lieu d'échange
serein de discussion entre spécialistes, chacun oeuvrant selon ses
connaissances propres sans déborder sur celles qu'il n'a pas. Ceci ne
peut avoir lieu que dans la discrétion, loin des feux de la rampe.
L'ufologie n'a en réalité que faire de figures emblématiques.
Commentant la déclaration d'un ufologue de longue date qui m'avait dit
qu'il le considérait depuis toujours comme "son maître à penser", J.
Vallée me confiait récemment :
"Être le mentor de quelqu'un, quel sentiment effrayant !"
#10. Plusieurs hypothèses
plus ou moins intéressantes circulent... Quelle serait celle qui aurait
votre faveur ?
FBE : Aucune. Ce que je pense ne me semble d'ailleurs pas
avoir la moindre importance. Mais si vous tenez à avoir une réponse, et
si nous écartons d'emblée l'attitude sceptique, l'hypothèse
extraterrestre reste toujours pour moi la plus probable, pour une infime
minorité de cas seulement qui se situe à mon avis entre 3 à 5%. Sur les
106 cas de la vague belge de 1954 que j'ai passé au crible en écrivant
mon livre, seulement 5 ont franchi les différents filtres d'élimination
que j'ai imaginé pour les évaluer.
Voici un bref résumé des critères que j'ai utilisés :
1° Le cas doit avoir fait l'objet d'au moins un rapport d'enquête signé
par un enquêteur qui a personnellement interrogé sur place le témoin
principal et a déposé un rapport écrit auprès d'un groupement.
2° Cet enquêteur doit avoir envisagé diverses hypothèses alternatives à
l'ovni et s'être personnellement prononcé sur le caractère non identifié
de l'incident. En cas de doute, le rapport doit acter l'avis d'un autre
enquêteur.
Un troisième avis, exprimé par le Responsable de Réseau, servant à
départager les deux autres et emporter la décision.
3° Le rapport doit présenter des annexes permettant de parfaitement
localiser l'incident et ses circonstances.
4° Le risque de confusion augmentant avec la distance entre le témoin
principal et le phénomène, celle-ci ne doit pas excéder 1 000 m. Tous
les cas plus éloignés sont par définition douteux.
Une seconde hypothèse qui me paraît tout aussi
intéressante que l'HET est encore plus fantastique: celle de visiteurs
temporels d'origine terrestre. Elle suppose qu'il soit techniquement
possible de répondre "Oui" à la question : "Pourra-t-on dans le futur
construire une machine à voyager dans le temps ?"
Cette question avait déjà titillé l'imagination de J. Bergier, au moment
de la publication en 1965 de son livre "Aux limites du connu". Il y
avait répondu par la négative. En réalité nous n'en savons rien et le
monde d'aujourd'hui est rempli de ces choses que l'on avait commencé par
décréter impossibles, comme la télévision.
Je me rappelle qu'alors que j'avais 14 ans, j'avais confié à mon voisin
de classe que "dans 50 ans on irait passer ses week ends dans la lune."
Le professeur nous avait entendu chuchoter et obligé, sous peine de
punition, mon voisin à répéter publiquement ce que je venais de lui
dire, ce qui avait entraîné l'hilarité générale, celle du professeur y
compris. Bon, on n'y est pas encore vraiment, mais j'espère qu'un jour
pas trop éloigné on y sera, sous peine de voir disparaître ce que nous
appelons "civilisation".
Une amie m'a raconté que lorsque ses parents ont solennellement branché
le récepteur télé noir et blanc qu'ils venaient d'acheter très cher, la
grand-mère qui avait été conviée à cette inauguration était persuadée
assister à un spectacle de marionnettes. Voilà deux observations
intéressantes sur notre incapacité commune à accepter les changements de
la nouveauté. Nous ne comprenons, voyons et percevons que ce que notre
cerveau est prêt à admettre, ce qui ne l'est pas devenant à proprement
parler "invisible". C'est d'ailleurs là un des secrets, mais pas le
seul, de la véritable invisibilité, c'est à dire l'art d'agir en passant
inaperçu.
#11. Considérez-vous l'HET
comme encore crédible au vu du volumineux dossier existant ?
FBE : Oui, bien entendu. Les effets bizarres associés que
dans notre ignorance nous appelons "paranormaux" pourraient tout
simplement résulter d'un contrôle plus effectif que celui que nous
exerçons sur la matière ou à des pouvoirs psychiques supérieurs d'êtres
plus évolués que nous parce qu'ils ont une origine plus ancienne que la
nôtre.
La découverte de près de 200 planètes extrasolaires dont les
caractéristiques se rapprochent de plus en plus de celles de la Terre a
littéralement et silencieusement boosté l'HET, même si l'effroi dans
lequel elle a plongé les milieux conservateurs et surtout religieux, n'a
pas beaucoup franchi les lourdes portes des secrets bien gardés.
Penons un exemple très simple : il résulte de nombreux récits de RR3-4
que les témoins emmenés à l'intérieur de l'ovni n'y ont vu aucune
machine ressemblant à un quelconque moyen de propulsion. Il s'agit là
d'un détail surprenant qui revient régulièrement, et notamment dans le
récit de l'enlèvement de mon épouse. Duquel nous ne trouvons dans la
littérature disponible que de rares indications très sommaires sur cet
aspect de la question. Or, il n'y a qu'une petite vingtaine d'années
qu'en permettant la miniaturisation des circuits électroniques et leur
intégration dans la masse même d'un véhicule (aérien, routier), la
technologie terrestre a ouvert les portes à des mécanismes sophistiqués
asservis ou auto régulés de plus en plus invisibles et performants.
Courant dans ma jeunesse, le spectacle de véhicules en panne le long des
routes est devenu aujourd'hui rarissime tandis que la périodicité des
entretiens préventifs a été divisée par trois. Voyez aussi ce qui se
passe avec les procédés de réalité virtuelle qui permettent à présent
par exemple d'apprendre à piloter un avion ou de procéder à des
opérations chirurgicales de très haute précision à des centaines de
kilomètres de distance.
Qui pourrait dire ce que sera cette technologie dans 50 ans ?
#12. Actuellement, les
chercheurs ne ferment plus la porte aux théories les plus diverses
néanmoins de quoi pouvons-nous être certains aujourd'hui après plus de
50 années à recueillir des témoignages ? Y a-t-il selon vous quelques
avancées ou sommes-nous toujours au même point qu'en 1950 ?
FBE : Contrairement à ce qu'en disent les debunkers, les
avancées sont nombreuses mais disparates. D'abord, nous sommes
aujourd'hui certains à plus de 90% que la Terre est la seule planète de
notre système solaire capable d'accueillir une vie indigène
technologiquement organisée telle que nous la connaissons.
On en était bien moins sûr il y a 50 ans.
Mais il apparaît aussi de plus en plus probable qu'il existe d'autres
Terres dans l'univers. Je pense pour ma part qu'il en existe des
millions, chacune avec sa civilisation spécifique, dont un grand nombre
voyagent dans l'espace, peut-être définitivement, comme sans cesse nos
paquebots sillonnent les océans du globe.
Sur le plan parapsychologique aussi de grands progrès ont été réalisés,
notamment dans les domaines du voyage astral, de la vision à distance et
de la télépathie. L'étude des communications avec des espèces animales
"étrangères" comme les baleines, les abeilles, les marsouins, a fait
d'énormes progrès elle aussi. L'un des tous premiers contactés, G.
Adamski, avait coutume de dire que l'humanité devait sortir de l'état de
guerre permanente dans lequel elle s'est vautrée jusqu'ici pour arriver
à celui d'essaimage dans l'espace ("Humanity must leave the status of
warfare to enter the status of spacefare"). Je ne veux pas me prononcer
sur la réalité de ses contacts, mais c'était un homme extraordinairement
en avance sur son temps et je regrette qu'il a été malmené comme il l'a
été quasiment par tout le monde, surtout en France.
La partie la plus éclairée de l'humanité est en marche dans cette
direction. J'ai espoir qu'elle l'emporte sur l'autre partie qui tend à
la faire régresser dans les brumes de l'illettrisme, de la drogue et de
l'obscurantisme religieux.
#13. Qu'est ce qu'il manque
encore aux publications ufologiques pour se développer davantage ?
Quels sont ses points positifs et ses points
négatifs ?
FBE : Vous devriez être mieux outillés que moi pour répondre
à cette question. Un généreux mécène, sans doute. Ou une bonne vague
d'observations françaises, comme celle qu'a connue la Belgique à partir
de nov. 1989, même si ensuite l'intérêt est vite retombé. Comme j'en
discutais récemment avec un internaute auteur de plusieurs ouvrages sur
le sujet, cet intérêt ne pourrait être à mon avis boosté que dans deux
circonstances:
(à supposer que le phénomène ovni soit autre chose qu'un ramassis
d'éléments disparates et triviaux comme le soutiennent les sceptiques) :
1° Ou bien à force d'abîmer notre planète "ils", qui
qu'ils puissent être, se considérant comme nos "gardiens" et nous leurs
"enfants" (c'est la thèse des raëliens et quelques autres sectes
ufologiques) se décident à intervenir, notamment sous forme d'une "arche
de Noé spatiale".
Divers récits de contactés, et notamment celui de mon épouse, font état
de cette possibilité. Dans ce cas là, que Dieu prie pour nous.
2° Ou bien c'est un laboratoire terrestre qui réussit enfin à percer le
secret du mode de propulsion de ces fichus engins, résolvant du même
coup une crise énergétique dont l'acuité va au cours des vingt
prochaines années devenir de plus en plus insistante .
Je crois qu'il est fondamental de publier un maximum de (vrais) rapports
d'enquêtes.
#14. L'ensemble des données
OVNI laisse penser qu'il s'agit plus d'une vaste manipulation des
esprits à échelle planétaire que de simples aliens désireux de faire du
tourisme cosmique. Selon vous, la théorie d'un système de contrôle de
type Gaïen cher à Jacques Vallée notamment, vous semble-t-il plausible ?
FBE :Ce qui me paraît clair en tous cas est que, quelle que
soit leur origine, qui finalement n'a pour moi pas grande importance,
ces aliens n'ont aucune envie de se montrer au grand jour et que cela
doit donc nous inciter à la méfiance. Je ne vois d'autre part pas
pourquoi les alternatives que vous évoquez dans votre première phrase
devraient s'exclure mutuellement.
C'est en effet Vallée qui, pour la première fois dans son livre "Le
Collège Invisible", a évoqué l'idée d'un "système de contrôle", mais
sans forcément le rattacher à une hypothèse de type Gaïen comme vous
dites. Cette ou plutôt ces hypothèses ont été émises plus tard par des
gens comme le chimiste britannique James Lovelock et développée en
Belgique par le porte parole du mouvement écologiste, Mr. J. Moreal pour
qui Gaia, la Terre, réagirait comme un organisme vivant aux agressions
polluantes qui lui fait subir l'homme. L'ufologue polonais R.
Lesniakiewicz avec qui j'ai correspondu défend lui aussi cette idée.
Mais le système de contrôle imaginé par Vallée pourrait également
résulter d'un gigantesque égrégore humain sans que la Terre elle-même en
tant qu'entité matérielle et physique n'intervienne. Tout cela au stade
actuel n'est que pure spéculation et je ne suis pas un homme à théories,
préférant m'en tenir aux faits, même si je reconnais qu'il faut derrière
des gens comme moi d'autres pour tenter de relier ces faits les uns aux
autres et établir des théories pour les expliquer. Mon rôle à moi est
plus modeste et ce n'est pas mon travail. Je n'en n'ai ni l'envie ni
surtout les compétences. Encore une fois, arrêtons de tout mélanger.
#15. Si vous deviez emmener trois livres sur
une île déserte ?
FBE : Vraiment déserte ? Brrr, … je n'en emmènerais aucun,
trop occupé à assurer ma survie et mon bien-être.
Et sans doute des tonnes de papier et crayons pour immortaliser le récit
de mes aventures dans cette île dont à mon retour je ferais un
best-seller …
Sans toutefois les emporter avec moi, sauf comme flotteurs, je donne en
fin d'interview quelques ouvrages dont le contenu a particulièrement
influencé mon parcours d'ufologue.
#16. Avez-vous personnellement fait une ou
plusieurs rencontres insolites ?
FBE : Une dizaine de fois. Mais si on peut les ranger dans le
domaine général que l'on appelle "paranormal", quoi que cela puisse
vouloir dire, aucune jusqu'ici n'a eu un caractère ovni caractérisé.
Mais je ne désespère pas.
#17. Votre épouse a vécu
toute une série d'expériences ... dont une possible "abduction".
Que pensez-vous du dossier des abductés ?
FBE : Je me garderai bien d'émettre une appréciation globale
sur le "dossier des abductés", si ce n'est pour dire que ceux-ci
devraient avant toute chose systématiquement faire l'objet d'une
appréciation psychologique par des spécialistes non-ufologues avant
d'être livrés en pâture au public. Ce qui n'a pratiquement jamais été le
cas.
En ce qui concerne ma seconde épouse, c'est par l'intermédiaire d'un ami
ufologue que j'ai fait sa connaissance … sur photo … et en suis tombé
amoureux. Cela se passait en 1986. Lorsque deux ans plus tard elle est
venue me rejoindre en Belgique, je l'ai aussitôt présentée à la SOBEPS
dans l'espoir ô combien naïf que son témoignage ferait l'objet d'une
évaluation psychologique. Par exemple par une chercheuse de l'Institut
de Psychologie de l'Université de Bruxelles. Cette personne était comme
moi enquêtrice et donc doublement bien placée, tant sur le plan
professionnel que privé, pour émettre un avis pertinent. Participant à
des sondages d'opinion, elle avait à sa disposition une batterie de
tests de personnalité très simples qui lui auraient permis d'émettre au
moins un avis sur la plausibilité des déclarations de ma compagne. Il y
avait une autre possibilité du côté d'un médecin neuro-psychiatre qui
était intervenu - de façon très critique - dans un précédent dossier
(l'affaire Bidule).
Rien de tout ça ne s'est passé comme je l'avais prévu et je me suis vite
aperçu combien ma malencontreuse initiative avait été une grossière
erreur dont le seul résultat fut de liguer tout le monde contre moi, ma
compagne y compris.
Nous avons elle et moi fait depuis un sacré bout de chemin ensemble et
je continue à m'interroger sur divers aspects de son ou plutôt ses
aventures ufologiques. Elle a vécu une première RR1 à l'âge de 12 ans
dans la région niortaise, suivie d'un enlèvement sans doute en 1972 et
sans doute d'un second 2 ou 3 ans plus tard.
J'ai vécu quelques expériences assez bizarres avec elle, mais je le
répète, qui ne sont pas de nature ufologique. Nous avons l'intention de
publier tout ce matériel dans un second livre qui sera intitule "Photos
sibyllines ou: les conséquences d'une abduction."
Le prochain ouvrage de J. Sider, à paraître chez JMG fin 2009 et
intitulé "Ovni: Les enlèvements extraterrestres", contiendra un chapitre
qu'il m'a demandé de rédiger sur la question.
#18. Le folklore moyen-âgeux
est rempli de récits semblables à nos modernes abductions.
Comment cela se fait-il ? Quel est votre sentiment ?
FBE : Inspiré par J. Vallée, J. Sider a particulièrement
approfondi cet aspect de la question dans une douzaine de livres qui
sont pour l'essentiel des compilations inspirées de ses très nombreuses
lectures. Cette concordance laisse entendre que le phénomène ovni a été
présent depuis la nuit des temps et qu'il a servi de fondement aux
mythes religieux. A titre d'exemple, le plus récent d'entre eux, le
mormonisme, présente des caractéristiques ovniesques très facilement
identifiables.
Il en va de même pour les apparitions de Fatima ou de San Diamano . On
peut dire que plus ces témoignages sont récents et plus leur caractère
ovniesque devient patent, les plus mystérieux se trouvant de facto
relégués dans les brumes du passé. On peut ainsi remonter jusqu'à
Mahomet ou Moïse. On en revient au phénomène de manipulation dénoncé
plus haut, qui doit déjà à lui seul soulever la méfiance.
#19. Quel est l'auteur qui
semble aujourd'hui avoir le mieux abordé la question OVNI ?
FBE : Moi, bien entendu (rire). S'il en existe une, la
"vérité" sur les ovni marche sur le fil d'un rasoir qui présente deux
versants: une approche physique, une autre psychique. Tout dépend du
versant que vous choisissez. Pour l'approche physique, je citerais même
si cela peut vous étonner compte tenu des différents que nous avons
entre nous, celle que poursuit le Pr. Meessen. Ou encore Claude Poher
voire même Jean-Pierre Petit quand il ne se laisse pas égarer par la
fougue de son tempérament.
Pour l'autre, même s'il n'est désormais plus seul, J. Vallée reste un
chef de file incontesté.
#20. Quelle est votre
explication du phénomène OVNI ?
FBE : Je n'en privilégie aucune. J'ai pour habitude de dire
que si un jour j'en trouvais une qui me semble totalement convaincante,
je cesserai de m'y intéresser. C'est ce qu'a fait Monnerie et après lui
Hallet ou Vertongen, par exemple, tous deux se réclamant de lui. Ont-ils
raison, je n'en sais rien.
#21. Avez-vous des choses
inédites à nous révéler ?
FBE : Je n'ai cessé de le faire depuis le début de cette
interview. Si vous en voulez d'autres, combien êtes-vous prêt à payer ?
L'aspect financier est très important dans cette affaire, contrairement
à ce qu'on cherche à nous faire croire et à condition de ne pas chercher
à vendre et faire passer pour de l'or ce qui n'est que de l'orviétan.
J'aime beaucoup cet aphorisme qui dit: "Pour mépriser l'argent il faut
ou bien en posséder beaucoup, ou bien être un fieffé imbécile." Je ne
suis ni l'un et m'efforce de ne pas être l'autre.
Outre le livre dont je vous parlais plus haut, j'avais initié l'analyse
d'une séquence de film très prometteuse mais qui malheureusement s'est
heurtée à des difficultés insurmontables : séquence trop courte, film
ancien et abîmé, technologie abandonnée (Super 8). Le film avait
séjourné plusieurs mois au GEPAN, époque Vélasco, qui l'a coupé en trois
et laissé se couvrir de poussière sur une étagère. Pourtant, il me
paraît tout à fait authentique et montre un "engin" structuré.
#22. Il existe en France
très peu de publications à caractère ufologique. Pourquoi d'après vous
l'opinion publique ne se passionne pas davantage pour ce sujet ? A qui
la faute ?
FBE : A personne et à tout le monde. Ces causes sont
nombreuses et vous pouvez encore une fois retirer la mention
géographique. Elles tiennent essentiellement à la complexité du dossier
et l'absence de preuves unanimement convaincantes qu'il a jusqu'ici
présenté. J'ai revu en 1993 un ami, agent immobilier non-ufologue,
superbement installé à Cotignac, que je n'avais pas eu le plaisir de
rencontrer depuis au moins 20 ans. La première chose qu'il m'a dite
après que nous soyons tombés dans les bras l'un de l'autre a été :
"Alors, "ils" n'ont toujours pas débarqué !"
Les gens veulent des réponses claires et faciles à digérer. La parution
du premier tome de "Vague d'Ovni sur la Belgique" a occupé le premier
rang du box-office des meilleures ventes en librairie belges pendant
près de 20 semaines. Pour diverses raisons, le second a été un fiasco
financier qui peut se négocier aujourd'hui au SCEAU contre quelques
euros. Les gens se sont lassés de ne pas obtenir les réponses qu'ils
espéraient.
#23. Vous avez un oeil
suffisamment éclairé et le recul nécessaire pour faire un rapide bilan
de la situation ufologique dans le monde. Quels seraient les points à
creuser en priorité, les aspects à renforcer et quels dossiers écarter?
FBE : Dossiers à écarter, à priori aucun. Il faut refuser les
à priori, travailler au cas par cas et c'est ce qui rend ce travail si
ingrat et épuisant. Mon responsable de réseau d'enquêtes, J.L. Vertongen,
aujourd'hui reconverti au scepticisme, avait pour habitude de dire : "Ne
néglige pas le petit point bizarre qui zigzague dans le ciel car de son
enquête peut résulter par ricochet un autre cas dix fois plus
important."
On pourrait presque en faire un aphorisme zen.
Pour la première partie de la question, je répondrai: vaste programme !
Il me semble qu'avec Internet le nombre de cas intéressants est tombé en
chute libre et qu'on ressasse toujours les mêmes dossiers. Faut-il y
voir l'effet d'une approche plus critique, qui fait que les nouveaux
incidents sont très rapidement dégonflés, ou tout simplement de moyens
de communication accélérés, grâce à Internet ? Si la crédulité publique
moyenne se voit aujourd'hui réduite, je ne peux que m'en réjouir.
Ou alors, sommes-nous plutôt devant une baisse de régime du phénomène
lui-même ? S'est-il déplacé dans des contrées telles que l'Ouzbékistan
d'où pas grand-chose ne filtre, sinon que les massacres qui s'y
perpétuent ? Il est à mon avis encore trop tôt pour le dire. J'ai appris
récemment la création en France d'une "Académie d'Ufologie". L'idée me
paraît bonne, même si elle a eu des précédents qui ont tous échoué,
comme la fameuse FFU de D. Duquesnoy.
Si elle voit le jour, ce qui est mon voeu le plus cher, et fonctionne
autrement que pour passer son temps à émettre des réglementations et
exclure ses membres, sa première tâche devrait être de mettre au point
et surtout d'imposer l'utilisation d'un modèle de rapport d'enquête
(RDE) unique pour toutes les associations ufologiques françaises et
pourquoi pas, européennes. Rien que pour arriver à ce résultat et mettre
tous les intéressés d'accord, elle a des années de travail devant elle.
#24. Nous n'avons pas en France de réelle
structure nationale regroupant diverses associations privées et
bénévoles. Pourtant nous sommes un des rares pays au monde à posséder un
organisme officiel qui vient d'ailleurs de changer de nom (GEIPAN). Que
pensez-vous de cette ambiguïté ?
FBE: A quoi pourrait en pratique bien servir une telle
structure ?
A établir des règlements visant à définir dans quelles conditions un
membre pourra en être écarté ?
A se livrer à des guerres de clocher ? A définir le montant des
cotisations et justifier celui des frais de déplacements attribués à
certaines "personnalités" ? Je ne vois pas du tout l'intérêt.
Quant au GE(I)PAN (ou encore SEPRA sous son appellation précédente),
contrairement à des avis largement exprimés souvent avec véhémence, je
pense quant à moi qu'il a fait de l'excellent travail, compte tenu des
moyens mis à sa disposition et des circonstances.
LECTURES FAVORITES
• Colin Bennett - Looking for Orthon - Paraview Press, 2001 - ISBN
1-931044-32-5
A peine refermé, on a envie de crier: "Encore !"
• Christophe Bourseiller - Carlos Castaneda: Biographie : La Vérité du
mensonge – Editions du Rocher 2005 , ISBN 2-268-05305-9.
Du moment où j'ai eu ce livre en main, je ne l'ai plus lâché.
• Richard M. Dolan - UFOs and the National Security State - Vol. 1 :
1941-1973 – Keyhole Pub. Cy, 2000 – ISBN 0-96779950-3
Dans l'attente d'un tome II qui tarde à venir
• Joseph McMoneagle - Remote Viewing Secrets : A Handbook - Hampton
Roads 2000 -
ISBN 1-57174-159-3.
Une plongée dans un univers étonnant.
• John F. M Moffitt - Picturing Extraterrestrials : Alien Images in
Modern Mass Culture - Prometheus Books 2003 - ISBN 1-57392-990-5.
Historien de l'art enseignant à l'Université d'Etat du Nouveau Mexique,
l'auteur produit ici un livre sceptique d'une rare érudition.
• Dean Radin Ph..D. - The Conscious Universe – Harper Edge San
Francisco, 1997
ISBN 0-06-251502-0. D'un abord difficile, le must absolu en matière de
recherche parapsychologique récente.
• Pierre-André Taguieff - La Foire aux Illuminés – Mille et Une Nuits,
2004 - ISBN 2-842-05925-5.
La très touffue et très savante mise au point d'un penseur libre sur les
théories du complot et de l'antisémitisme moderne.
• Jacques Vallée - Forbidden Science T1 et T2 - Documatica Research, LLC,
2007 & 2008.
Cette savoureuse et passionnante évocation du parcours d'un ufologue
hors pair contient quelques remarquables admissions et morceaux
d'anthologie.
(propos recueillis par Didier Gomez à Lombers, le 8 mai 2006.
Réactualisés le 10 septembre 2009)Vous trouverez également ici la
Table des Matières d'une série d'autres textes que j'ai rassemblés sous
la dénomination "Cheminements initiatiques" que vous ou d'autres
membres de votre association peuvent "commander" gratuitement mais qui,
vu leur caractère privé, ne sont jusqu'à nouvel ordre pas destinés à une
large diffusion. Pour consulter les titres disponibles
cliquez ici.
(membres et correspondants seulement) Pour les commander, adressez
simplement un mail au CERPI avec les titres qui vous intéressent, le
CERPI transmettra.
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