Interview Frank Boitte

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Comment je conçois l'Ufologie (Frank Boitte)

D'APRÈS UNE INTERVIEW Publiée dans la revue UfoMania n°47 de juin 2006.
Interviewer : Didier Gomez.

#1. Franck Boitte, vous écrivez depuis quelques années pour la revue belge INFORESPACE.
FBE : J'ai rédigé pour Inforespace plus de 40 articles à mon nom et une dizaine en collaboration avec d'autres ufologues. Mes débuts en tant qu'enquêteur et rédacteur à Inforespace remontent à son n°7 de jan-fév. 1973. Intitulé Les enseignements de la vague de 1950 au-dessus de l'Espagne, ce premier article était une analyse commentée d'une étude de deux ufologues espagnols, MM. Vincente-Juan Ballester Olmos et Carlos Orlando de Soto. Fondée fin 1971, la SOBEPS, a été dissoute le 31 décembre 2007, suite au manque de moyens financiers et au vieillissement de ses cadres.

#2. Pour la plupart des ufologues vous êtes un inconnu.
FBE : Inconnu en France, sans doute, étant donné que tous mes articles sont parus dans la revue précitée. Grâce à l'obligeance de mon collègue et ami J. Scornaux, un seul, intitulé Eclaircissements possibles sur la signification des symboles figurant sur les moules de Desert Center, 20 novembre 1952, qui concernait l'affaire Adamski, a été accepté pour publication dans le n° 287-288 de mai-juin 1988 de la revue LDLN.
Au début des années 90, j'avais présenté deux autres textes aux revues Ovni Présence et Phenoména.
Le premier était une réponse à R. Mahricq au sujet d'une observation faite à Bruxelles le 31 mars 1990 à 02h30 (affaire Alfarano). Le second, une analyse de l'ouvrage "Dark White" de J. Schnabel consacré au phénomène des abductions.
Tous les deux ayant été refusés sous divers prétextes, j'ai dès lors renoncé à publier dans des revues ufologiques françaises.
D'autre part, le phénomène ovni soulève en moi bien plus de questions que contrairement à d'autres je n'ai de réponses à présenter. Je n'ai donc jamais ressenti l'urgence d'étaler mes états d'âme, interrogations et doutes et encore moins tenter de remplir mon portefeuille ou satisfaire ma vanité personnelle en publiant des livres ou en venant pérorer à la radio ou la télévision. J'avais même récemment répondu d'accord à une telle invitation mais en précisant que ce serait avec un nez rouge.

#3. Pouvez-vous vous présenter et retracer votre parcours ufologique ?
FBE : Un résumé de carrière et mon CV ufologique figure sur le site de Jérôme Beau, http://www.rr0.org  et dans les profils d'EuroUfoNet.

#4. Vous venez de publier un document dans lequel vous mettez à jour des cas de l'année 1954 en Belgique.
FBE : Cette publication qui remonte à 2005 n'est donc pas véritablement récente. Plus que d'une mise à jour, il s'agit du premier catalogue qui se veut complet des cas belges de l'année 1954. Il contient le descriptif de 106 cas dont seulement 5 restent à mon avis inexpliqués. Jusqu'alors, les seules études du genre pour la Belgique étaient le chapitre consacré aux RR3-4 que lui a consacré J. Sider dans son livre "Le Dossier 1954 et l'imposture rationaliste" et les Bulletins n°113 à 116 du GESAG de Jacques Bonabot, un des plus anciens groupements ufologiques d'Europe, qui m'ont été très utiles pour établir mon catalogue.
A diffusion limitée, cette revue n'est malheureusement disponible que sur abonnement et surtout connu dans la partie néerlandophone du pays.

#5. Comment expliquez-vous qu'en France, aucun livre n'ait été publié spécifiquement sur "la grande vague de l'automne 1954" même si quelques auteurs comme Aimé Michel, ou Jimmy Guieu l'ont évoquée ?
Il y avait pourtant matière à écrire un gros pavé non ?
FBE : Publié aux Etats-Unis en 1957 sous le titre "Flying Saucers and the Straight Line Mystery", puis en France sous le titre "Mystérieux Objets Célestes", le second livre d'A. Michel ne traitait que de cela mais uniquement depuis la France. C'est dans ce livre que Michel exposait une théorie baptisée par lui orthoténie qui fit ensuite couler beaucoup d'encre. Nous savons aujourd'hui qu'elle n'était qu'une illusion due à l'imprécision des données de départ, constituées de coupures de presse.
Même Vallée a fini par comprendre (et il l'a écrit) qu'il fallait mieux mettre tout ça à la poubelle, et c'est ce qu'il a fait.

#6. Quel est selon vous le cas que vous trouvez le plus exceptionnel ?
FBE : Il est difficile de faire un choix parmi les milliers de cas recensés. Si l'on considère que par "exceptionnel" on entend "le mieux étudié par des enquêteurs sérieux", mon choix porterait indiscutablement sur un cas de RR2, c'est à dire avec effets physiques sur le témoin et/ou l'environnement.
Je citerais par exemple les cas de Soccorro, Valensole ou Delphos.

#7. Les rencontres de Chalons en Champagne ont drainé pas moins de 10 000 visiteurs en trois jours en octobre 2005. Des dizaines d'associations et d'exposants étaient présents, des auteurs, conférenciers etc... bref une grande première pour l'ufologie européenne. (…) Vous n'y étiez pas, pour quelle raison ?
FBE : Les raisons sont diverses. La première est que je me considère avant tout comme un enquêteur et qu'étant donné que le témoin type recherche habituellement la discrétion, ce n'est pas le genre d'endroit à fréquenter, mais plutôt une foire, si vous voulez nouer des contacts pouvant déboucher sur l'examen de cas intéressants.
En second, je me considère aussi comme un chercheur et ne crois pas non plus que la recherche puisse trouver la moindre opportunité au cours de ce genre de grand-messe. S'il s'agit de mettre des visages et des comportements sur des personnes que l'on connaît mal, oui, bien entendu, ce genre de rencontre a son utilité.
S'il s'agit à long terme d'établir des relations suivies avec l'un ou l'autre avec qui on s'est senti même brièvement en syntonie, oui également.
S'il s'agit de rigoler un bon coup, de retrouver des copains que l'on connaît autour d'une assiette de frites ou d'une bière fraîche, toujours oui.
Mais il se fait qu'en cinquante ans de carrière ufologique, j'ai déjà rencontré au moins une fois la majorité des intervenants qui s'étaient rassemblés là.
Enfin, c'était un peu loin de mon lieu de résidence et avec tous les radars et petits hommes bleus embusqués sur les routes ...

#8. Quel est par ailleurs le point le plus négatif de l'ufologie française ?
FBE : Vous pouvez enlever le dernier qualificatif, car ce point est le même dans tous les pays du monde.
Je le résumerai en deux mots: amateurisme et m'as-tu-vu-isme.
Il y a un peu plus d'un an, la revue Fate Magazine a publié la liste de ceux qu'ils ont appelée "les 100 ufologues les plus influents du monde". Première constatation, il s'agissait surtout d'ufologues américains ou anglo-saxons. Deuxième, encore plus consternante: 95% d'entre eux sont issus du monde du spectacle: organisateurs d'événementiels, présentateurs à la radio ou à la télévision, organisateurs de shows, metteurs en scène comme Stephen Spielberg, éditeurs de magazines people ou de science fiction, romanciers, acteurs de cinéma, etc. Il est exact qu'il n'existe pas de "diplôme en ufologie" et, à moins d'un "accident" dont nous parlerons plus loin, cela ne devrait pas changer au cours des cinquante années à venir. Mais un tel diplôme est-il vraiment nécessaire ? Je ne le crois pas. Il suffit d'exercer cette discipline de façon sérieuse et responsable en y appliquant les connaissances que l'on a par ailleurs acquises dans son propre domaine professionnel, ce qui n'est malheureusement que très rarement le cas. Ainsi, à peine descendu de son laboratoire ou de la chaire où il enseigne, le physicien qui s'improvise enquêteur doit apprendre à respecter les règles selon lesquelles doit être menée une enquête, le spécialiste en biochimie végétale des analyses de sol pour lesquelles il n'a pas les compétences requises ferait tout aussi bien de faire confirmer ses conclusions par un ou mieux plusieurs phyto pathologues, l'employé de banque qui émet des avis aussi péremptoires que définitifs sur des analyses de photos au sujet desquelles il en connaît à peine plus que l'amateur éclairé, l'artiste peintre ou critique d'art qui s'engage dans de délicates études comportementales à propos des enlèvements, tous courent à tout moment le risque non seulement de s'égarer dans leurs délires, mais de nous y emmener avec eux. Beaucoup d'entre eux sont des demi ratés sur le plan professionnel qui trouvent là une occasion de donner libre cours à leur ego boursouflé. J'ai expliqué plus haut pourquoi je ne voulais pas fréquenter ces gens là.
Un autre point négatif en ufologie est l'usage dévoyé qui est fait du mot "enquête". Enquête est le mot magique qui fait s'ouvrir les portefeuilles, qu'il est pratiquement indispensable de placer dans le litre d'un livre ou au cours d'une intervention télévisée. Mais dès qu'on gratte un peu, on s'aperçoit que d'enquête il n'y a point eu et que les meilleurs dossiers se résument souvent à des discussions de bistrot où l'on a tenté de refaire le monde. L'ufologie manque d'une bonne définition de ce qui est et ce qui n'est pas une "enquête".
La comparaison avec le domaine judiciaire devrait pouvoir nous éclairer. Prenons le cas de l'affaire d'Outreau, par exemple. S'il y avait véritablement eu enquête, plus d'une vingtaine de pauvres gens ne se seraient pas retrouvés derrière les barreaux. Certains en sont morts et leurs meurtriers plus ou moins anonymes courent toujours.

#9. Croyez-vous que l'ufologie manque de figures emblématiques en France ?
FBE: La France a produit quelques uns des chercheurs les plus pointus, les plus "professionnels" sur la question. Inutile de citer des noms, vous les connaissez comme moi.
Comme nul n'est prophète en son pays, la réputation de ces chercheurs est souvent plus grande à l'étranger que dans leur pays d'origine.
D'autre part, étant donné la complexité des problèmes qu'elle soulève, je ne pense pas que l'ufologie ait réellement besoin de "figures emblématiques". Ce dont l'ufologie a besoin, c'est d'un lieu d'échange serein de discussion entre spécialistes, chacun oeuvrant selon ses connaissances propres sans déborder sur celles qu'il n'a pas. Ceci ne peut avoir lieu que dans la discrétion, loin des feux de la rampe. L'ufologie n'a en réalité que faire de figures emblématiques.
Commentant la déclaration d'un ufologue de longue date qui m'avait dit qu'il le considérait depuis toujours comme "son maître à penser", J. Vallée me confiait récemment :
"Être le mentor de quelqu'un, quel sentiment effrayant !"

#10. Plusieurs hypothèses plus ou moins intéressantes circulent... Quelle serait celle qui aurait votre faveur ?
FBE : Aucune. Ce que je pense ne me semble d'ailleurs pas avoir la moindre importance. Mais si vous tenez à avoir une réponse, et si nous écartons d'emblée l'attitude sceptique, l'hypothèse extraterrestre reste toujours pour moi la plus probable, pour une infime minorité de cas seulement qui se situe à mon avis entre 3 à 5%. Sur les 106 cas de la vague belge de 1954 que j'ai passé au crible en écrivant mon livre, seulement 5 ont franchi les différents filtres d'élimination que j'ai imaginé pour les évaluer.
Voici un bref résumé des critères que j'ai utilisés :
1° Le cas doit avoir fait l'objet d'au moins un rapport d'enquête signé par un enquêteur qui a personnellement interrogé sur place le témoin principal et a déposé un rapport écrit auprès d'un groupement.
2° Cet enquêteur doit avoir envisagé diverses hypothèses alternatives à l'ovni et s'être personnellement prononcé sur le caractère non identifié de l'incident. En cas de doute, le rapport doit acter l'avis d'un autre enquêteur.
Un troisième avis, exprimé par le Responsable de Réseau, servant à départager les deux autres et emporter la décision.
3° Le rapport doit présenter des annexes permettant de parfaitement localiser l'incident et ses circonstances.
4° Le risque de confusion augmentant avec la distance entre le témoin principal et le phénomène, celle-ci ne doit pas excéder 1 000 m. Tous les cas plus éloignés sont par définition douteux.

Une seconde hypothèse qui me paraît tout aussi intéressante que l'HET est encore plus fantastique: celle de visiteurs temporels d'origine terrestre. Elle suppose qu'il soit techniquement possible de répondre "Oui" à la question : "Pourra-t-on dans le futur construire une machine à voyager dans le temps ?"
Cette question avait déjà titillé l'imagination de J. Bergier, au moment de la publication en 1965 de son livre "Aux limites du connu". Il y avait répondu par la négative. En réalité nous n'en savons rien et le monde d'aujourd'hui est rempli de ces choses que l'on avait commencé par décréter impossibles, comme la télévision.
Je me rappelle qu'alors que j'avais 14 ans, j'avais confié à mon voisin de classe que "dans 50 ans on irait passer ses week ends dans la lune." Le professeur nous avait entendu chuchoter et obligé, sous peine de punition, mon voisin à répéter publiquement ce que je venais de lui dire, ce qui avait entraîné l'hilarité générale, celle du professeur y compris. Bon, on n'y est pas encore vraiment, mais j'espère qu'un jour pas trop éloigné on y sera, sous peine de voir disparaître ce que nous appelons "civilisation".
Une amie m'a raconté que lorsque ses parents ont solennellement branché le récepteur télé noir et blanc qu'ils venaient d'acheter très cher, la grand-mère qui avait été conviée à cette inauguration était persuadée assister à un spectacle de marionnettes. Voilà deux observations intéressantes sur notre incapacité commune à accepter les changements de la nouveauté. Nous ne comprenons, voyons et percevons que ce que notre cerveau est prêt à admettre, ce qui ne l'est pas devenant à proprement parler "invisible". C'est d'ailleurs là un des secrets, mais pas le seul, de la véritable invisibilité, c'est à dire l'art d'agir en passant inaperçu.

#11. Considérez-vous l'HET comme encore crédible au vu du volumineux dossier existant ?
FBE : Oui, bien entendu. Les effets bizarres associés que dans notre ignorance nous appelons "paranormaux" pourraient tout simplement résulter d'un contrôle plus effectif que celui que nous exerçons sur la matière ou à des pouvoirs psychiques supérieurs d'êtres plus évolués que nous parce qu'ils ont une origine plus ancienne que la nôtre.
La découverte de près de 200 planètes extrasolaires dont les caractéristiques se rapprochent de plus en plus de celles de la Terre a littéralement et silencieusement boosté l'HET, même si l'effroi dans lequel elle a plongé les milieux conservateurs et surtout religieux, n'a pas beaucoup franchi les lourdes portes des secrets bien gardés.
Penons un exemple très simple : il résulte de nombreux récits de RR3-4 que les témoins emmenés à l'intérieur de l'ovni n'y ont vu aucune machine ressemblant à un quelconque moyen de propulsion. Il s'agit là d'un détail surprenant qui revient régulièrement, et notamment dans le récit de l'enlèvement de mon épouse. Duquel nous ne trouvons dans la littérature disponible que de rares indications très sommaires sur cet aspect de la question. Or, il n'y a qu'une petite vingtaine d'années qu'en permettant la miniaturisation des circuits électroniques et leur intégration dans la masse même d'un véhicule (aérien, routier), la technologie terrestre a ouvert les portes à des mécanismes sophistiqués asservis ou auto régulés de plus en plus invisibles et performants. Courant dans ma jeunesse, le spectacle de véhicules en panne le long des routes est devenu aujourd'hui rarissime tandis que la périodicité des entretiens préventifs a été divisée par trois. Voyez aussi ce qui se passe avec les procédés de réalité virtuelle qui permettent à présent par exemple d'apprendre à piloter un avion ou de procéder à des opérations chirurgicales de très haute précision à des centaines de kilomètres de distance.
Qui pourrait dire ce que sera cette technologie dans 50 ans ?

#12. Actuellement, les chercheurs ne ferment plus la porte aux théories les plus diverses néanmoins de quoi pouvons-nous être certains aujourd'hui après plus de 50 années à recueillir des témoignages ? Y a-t-il selon vous quelques avancées ou sommes-nous toujours au même point qu'en 1950 ?
FBE : Contrairement à ce qu'en disent les debunkers, les avancées sont nombreuses mais disparates. D'abord, nous sommes aujourd'hui certains à plus de 90% que la Terre est la seule planète de notre système solaire capable d'accueillir une vie indigène technologiquement organisée telle que nous la connaissons.
On en était bien moins sûr il y a 50 ans.
Mais il apparaît aussi de plus en plus probable qu'il existe d'autres Terres dans l'univers. Je pense pour ma part qu'il en existe des millions, chacune avec sa civilisation spécifique, dont un grand nombre voyagent dans l'espace, peut-être définitivement, comme sans cesse nos paquebots sillonnent les océans du globe.
Sur le plan parapsychologique aussi de grands progrès ont été réalisés, notamment dans les domaines du voyage astral, de la vision à distance et de la télépathie. L'étude des communications avec des espèces animales "étrangères" comme les baleines, les abeilles, les marsouins, a fait d'énormes progrès elle aussi. L'un des tous premiers contactés, G. Adamski, avait coutume de dire que l'humanité devait sortir de l'état de guerre permanente dans lequel elle s'est vautrée jusqu'ici pour arriver à celui d'essaimage dans l'espace ("Humanity must leave the status of warfare to enter the status of spacefare"). Je ne veux pas me prononcer sur la réalité de ses contacts, mais c'était un homme extraordinairement en avance sur son temps et je regrette qu'il a été malmené comme il l'a été quasiment par tout le monde, surtout en France.
La partie la plus éclairée de l'humanité est en marche dans cette direction. J'ai espoir qu'elle l'emporte sur l'autre partie qui tend à la faire régresser dans les brumes de l'illettrisme, de la drogue et de l'obscurantisme religieux.

#13. Qu'est ce qu'il manque encore aux publications ufologiques pour se développer davantage ?
Quels sont ses points positifs et ses points négatifs ?
FBE : Vous devriez être mieux outillés que moi pour répondre à cette question. Un généreux mécène, sans doute. Ou une bonne vague d'observations françaises, comme celle qu'a connue la Belgique à partir de nov. 1989, même si ensuite l'intérêt est vite retombé. Comme j'en discutais récemment avec un internaute auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, cet intérêt ne pourrait être à mon avis boosté que dans deux circonstances:
(à supposer que le phénomène ovni soit autre chose qu'un ramassis d'éléments disparates et triviaux comme le soutiennent les sceptiques) :

1° Ou bien à force d'abîmer notre planète "ils", qui qu'ils puissent être, se considérant comme nos "gardiens" et nous leurs "enfants" (c'est la thèse des raëliens et quelques autres sectes ufologiques) se décident à intervenir, notamment sous forme d'une "arche de Noé spatiale".
Divers récits de contactés, et notamment celui de mon épouse, font état de cette possibilité. Dans ce cas là, que Dieu prie pour nous.
2° Ou bien c'est un laboratoire terrestre qui réussit enfin à percer le secret du mode de propulsion de ces fichus engins, résolvant du même coup une crise énergétique dont l'acuité va au cours des vingt prochaines années devenir de plus en plus insistante .
Je crois qu'il est fondamental de publier un maximum de (vrais) rapports d'enquêtes.

#14. L'ensemble des données OVNI laisse penser qu'il s'agit plus d'une vaste manipulation des esprits à échelle planétaire que de simples aliens désireux de faire du tourisme cosmique. Selon vous, la théorie d'un système de contrôle de type Gaïen cher à Jacques Vallée notamment, vous semble-t-il plausible ?
FBE :Ce qui me paraît clair en tous cas est que, quelle que soit leur origine, qui finalement n'a pour moi pas grande importance, ces aliens n'ont aucune envie de se montrer au grand jour et que cela doit donc nous inciter à la méfiance. Je ne vois d'autre part pas pourquoi les alternatives que vous évoquez dans votre première phrase devraient s'exclure mutuellement.
C'est en effet Vallée qui, pour la première fois dans son livre "Le Collège Invisible", a évoqué l'idée d'un "système de contrôle", mais sans forcément le rattacher à une hypothèse de type Gaïen comme vous dites. Cette ou plutôt ces hypothèses ont été émises plus tard par des gens comme le chimiste britannique James Lovelock et développée en Belgique par le porte parole du mouvement écologiste, Mr. J. Moreal pour qui Gaia, la Terre, réagirait comme un organisme vivant aux agressions polluantes qui lui fait subir l'homme. L'ufologue polonais R. Lesniakiewicz avec qui j'ai correspondu défend lui aussi cette idée.
Mais le système de contrôle imaginé par Vallée pourrait également résulter d'un gigantesque égrégore humain sans que la Terre elle-même en tant qu'entité matérielle et physique n'intervienne. Tout cela au stade actuel n'est que pure spéculation et je ne suis pas un homme à théories, préférant m'en tenir aux faits, même si je reconnais qu'il faut derrière des gens comme moi d'autres pour tenter de relier ces faits les uns aux autres et établir des théories pour les expliquer. Mon rôle à moi est plus modeste et ce n'est pas mon travail. Je n'en n'ai ni l'envie ni surtout les compétences. Encore une fois, arrêtons de tout mélanger.

#15. Si vous deviez emmener trois livres sur une île déserte ?
FBE : Vraiment déserte ? Brrr, … je n'en emmènerais aucun, trop occupé à assurer ma survie et mon bien-être.
Et sans doute des tonnes de papier et crayons pour immortaliser le récit de mes aventures dans cette île dont à mon retour je ferais un best-seller …
Sans toutefois les emporter avec moi, sauf comme flotteurs, je donne en fin d'interview quelques ouvrages dont le contenu a particulièrement influencé mon parcours d'ufologue.

#16. Avez-vous personnellement fait une ou plusieurs rencontres insolites ?
FBE : Une dizaine de fois. Mais si on peut les ranger dans le domaine général que l'on appelle "paranormal", quoi que cela puisse vouloir dire, aucune jusqu'ici n'a eu un caractère ovni caractérisé.
Mais je ne désespère pas.

#17. Votre épouse a vécu toute une série d'expériences ... dont une possible "abduction".
Que pensez-vous du dossier des abductés ?
FBE : Je me garderai bien d'émettre une appréciation globale sur le "dossier des abductés", si ce n'est pour dire que ceux-ci devraient avant toute chose systématiquement faire l'objet d'une appréciation psychologique par des spécialistes non-ufologues avant d'être livrés en pâture au public. Ce qui n'a pratiquement jamais été le cas.
En ce qui concerne ma seconde épouse, c'est par l'intermédiaire d'un ami ufologue que j'ai fait sa connaissance … sur photo … et en suis tombé amoureux. Cela se passait en 1986. Lorsque deux ans plus tard elle est venue me rejoindre en Belgique, je l'ai aussitôt présentée à la SOBEPS dans l'espoir ô combien naïf que son témoignage ferait l'objet d'une évaluation psychologique. Par exemple par une chercheuse de l'Institut de Psychologie de l'Université de Bruxelles. Cette personne était comme moi enquêtrice et donc doublement bien placée, tant sur le plan professionnel que privé, pour émettre un avis pertinent. Participant à des sondages d'opinion, elle avait à sa disposition une batterie de tests de personnalité très simples qui lui auraient permis d'émettre au moins un avis sur la plausibilité des déclarations de ma compagne. Il y avait une autre possibilité du côté d'un médecin neuro-psychiatre qui était intervenu - de façon très critique - dans un précédent dossier (l'affaire Bidule).
Rien de tout ça ne s'est passé comme je l'avais prévu et je me suis vite aperçu combien ma malencontreuse initiative avait été une grossière erreur dont le seul résultat fut de liguer tout le monde contre moi, ma compagne y compris.
Nous avons elle et moi fait depuis un sacré bout de chemin ensemble et je continue à m'interroger sur divers aspects de son ou plutôt ses aventures ufologiques. Elle a vécu une première RR1 à l'âge de 12 ans dans la région niortaise, suivie d'un enlèvement sans doute en 1972 et sans doute d'un second 2 ou 3 ans plus tard.
J'ai vécu quelques expériences assez bizarres avec elle, mais je le répète, qui ne sont pas de nature ufologique. Nous avons l'intention de publier tout ce matériel dans un second livre qui sera intitule "Photos sibyllines ou: les conséquences d'une abduction."
Le prochain ouvrage de J. Sider, à paraître chez JMG fin 2009 et intitulé "Ovni: Les enlèvements extraterrestres", contiendra un chapitre qu'il m'a demandé de rédiger sur la question.

#18. Le folklore moyen-âgeux est rempli de récits semblables à nos modernes abductions.
Comment cela se fait-il ? Quel est votre sentiment ?
FBE : Inspiré par J. Vallée, J. Sider a particulièrement approfondi cet aspect de la question dans une douzaine de livres qui sont pour l'essentiel des compilations inspirées de ses très nombreuses lectures. Cette concordance laisse entendre que le phénomène ovni a été présent depuis la nuit des temps et qu'il a servi de fondement aux mythes religieux. A titre d'exemple, le plus récent d'entre eux, le mormonisme, présente des caractéristiques ovniesques très facilement identifiables.
Il en va de même pour les apparitions de Fatima ou de San Diamano . On peut dire que plus ces témoignages sont récents et plus leur caractère ovniesque devient patent, les plus mystérieux se trouvant de facto relégués dans les brumes du passé. On peut ainsi remonter jusqu'à Mahomet ou Moïse. On en revient au phénomène de manipulation dénoncé plus haut, qui doit déjà à lui seul soulever la méfiance.

#19. Quel est l'auteur qui semble aujourd'hui avoir le mieux abordé la question OVNI ?
FBE : Moi, bien entendu (rire). S'il en existe une, la "vérité" sur les ovni marche sur le fil d'un rasoir qui présente deux versants: une approche physique, une autre psychique. Tout dépend du versant que vous choisissez. Pour l'approche physique, je citerais même si cela peut vous étonner compte tenu des différents que nous avons entre nous, celle que poursuit le Pr. Meessen. Ou encore Claude Poher voire même Jean-Pierre Petit quand il ne se laisse pas égarer par la fougue de son tempérament.
Pour l'autre, même s'il n'est désormais plus seul, J. Vallée reste un chef de file incontesté.

#20. Quelle est votre explication du phénomène OVNI ?
FBE : Je n'en privilégie aucune. J'ai pour habitude de dire que si un jour j'en trouvais une qui me semble totalement convaincante, je cesserai de m'y intéresser. C'est ce qu'a fait Monnerie et après lui Hallet ou Vertongen, par exemple, tous deux se réclamant de lui. Ont-ils raison, je n'en sais rien.

#21. Avez-vous des choses inédites à nous révéler ?
FBE : Je n'ai cessé de le faire depuis le début de cette interview. Si vous en voulez d'autres, combien êtes-vous prêt à payer ? L'aspect financier est très important dans cette affaire, contrairement à ce qu'on cherche à nous faire croire et à condition de ne pas chercher à vendre et faire passer pour de l'or ce qui n'est que de l'orviétan.
J'aime beaucoup cet aphorisme qui dit: "Pour mépriser l'argent il faut ou bien en posséder beaucoup, ou bien être un fieffé imbécile." Je ne suis ni l'un et m'efforce de ne pas être l'autre.
Outre le livre dont je vous parlais plus haut, j'avais initié l'analyse d'une séquence de film très prometteuse mais qui malheureusement s'est heurtée à des difficultés insurmontables : séquence trop courte, film ancien et abîmé, technologie abandonnée (Super 8). Le film avait séjourné plusieurs mois au GEPAN, époque Vélasco, qui l'a coupé en trois et laissé se couvrir de poussière sur une étagère. Pourtant, il me paraît tout à fait authentique et montre un "engin" structuré.

#22. Il existe en France très peu de publications à caractère ufologique. Pourquoi d'après vous l'opinion publique ne se passionne pas davantage pour ce sujet ? A qui la faute ?
FBE : A personne et à tout le monde. Ces causes sont nombreuses et vous pouvez encore une fois retirer la mention géographique. Elles tiennent essentiellement à la complexité du dossier et l'absence de preuves unanimement convaincantes qu'il a jusqu'ici présenté. J'ai revu en 1993 un ami, agent immobilier non-ufologue, superbement installé à Cotignac, que je n'avais pas eu le plaisir de rencontrer depuis au moins 20 ans. La première chose qu'il m'a dite après que nous soyons tombés dans les bras l'un de l'autre a été :
"Alors, "ils" n'ont toujours pas débarqué !"
Les gens veulent des réponses claires et faciles à digérer. La parution du premier tome de "Vague d'Ovni sur la Belgique" a occupé le premier rang du box-office des meilleures ventes en librairie belges pendant près de 20 semaines. Pour diverses raisons, le second a été un fiasco financier qui peut se négocier aujourd'hui au SCEAU contre quelques euros. Les gens se sont lassés de ne pas obtenir les réponses qu'ils espéraient.

#23. Vous avez un oeil suffisamment éclairé et le recul nécessaire pour faire un rapide bilan de la situation ufologique dans le monde. Quels seraient les points à creuser en priorité, les aspects à renforcer et quels dossiers écarter?
FBE : Dossiers à écarter, à priori aucun. Il faut refuser les à priori, travailler au cas par cas et c'est ce qui rend ce travail si ingrat et épuisant. Mon responsable de réseau d'enquêtes, J.L. Vertongen, aujourd'hui reconverti au scepticisme, avait pour habitude de dire : "Ne néglige pas le petit point bizarre qui zigzague dans le ciel car de son enquête peut résulter par ricochet un autre cas dix fois plus important."
On pourrait presque en faire un aphorisme zen.
Pour la première partie de la question, je répondrai: vaste programme ! Il me semble qu'avec Internet le nombre de cas intéressants est tombé en chute libre et qu'on ressasse toujours les mêmes dossiers. Faut-il y voir l'effet d'une approche plus critique, qui fait que les nouveaux incidents sont très rapidement dégonflés, ou tout simplement de moyens de communication accélérés, grâce à Internet ? Si la crédulité publique moyenne se voit aujourd'hui réduite, je ne peux que m'en réjouir.
Ou alors, sommes-nous plutôt devant une baisse de régime du phénomène lui-même ? S'est-il déplacé dans des contrées telles que l'Ouzbékistan d'où pas grand-chose ne filtre, sinon que les massacres qui s'y perpétuent ? Il est à mon avis encore trop tôt pour le dire. J'ai appris récemment la création en France d'une "Académie d'Ufologie". L'idée me paraît bonne, même si elle a eu des précédents qui ont tous échoué, comme la fameuse FFU de D. Duquesnoy.
Si elle voit le jour, ce qui est mon voeu le plus cher, et fonctionne autrement que pour passer son temps à émettre des réglementations et exclure ses membres, sa première tâche devrait être de mettre au point et surtout d'imposer l'utilisation d'un modèle de rapport d'enquête (RDE) unique pour toutes les associations ufologiques françaises et pourquoi pas, européennes. Rien que pour arriver à ce résultat et mettre tous les intéressés d'accord, elle a des années de travail devant elle.

#24. Nous n'avons pas en France de réelle structure nationale regroupant diverses associations privées et bénévoles. Pourtant nous sommes un des rares pays au monde à posséder un organisme officiel qui vient d'ailleurs de changer de nom (GEIPAN). Que pensez-vous de cette ambiguïté ?
FBE: A quoi pourrait en pratique bien servir une telle structure ?
A établir des règlements visant à définir dans quelles conditions un membre pourra en être écarté ?
A se livrer à des guerres de clocher ? A définir le montant des cotisations et justifier celui des frais de déplacements attribués à certaines "personnalités" ? Je ne vois pas du tout l'intérêt.
Quant au GE(I)PAN (ou encore SEPRA sous son appellation précédente), contrairement à des avis largement exprimés souvent avec véhémence, je pense quant à moi qu'il a fait de l'excellent travail, compte tenu des moyens mis à sa disposition et des circonstances.

LECTURES FAVORITES

• Colin Bennett - Looking for Orthon - Paraview Press, 2001 - ISBN 1-931044-32-5
A peine refermé, on a envie de crier: "Encore !"
• Christophe Bourseiller - Carlos Castaneda: Biographie : La Vérité du mensonge – Editions du Rocher 2005 , ISBN 2-268-05305-9.
Du moment où j'ai eu ce livre en main, je ne l'ai plus lâché.
• Richard M. Dolan - UFOs and the National Security State - Vol. 1 : 1941-1973 – Keyhole Pub. Cy, 2000 – ISBN 0-96779950-3
Dans l'attente d'un tome II qui tarde à venir
• Joseph McMoneagle - Remote Viewing Secrets : A Handbook - Hampton Roads 2000 -
ISBN 1-57174-159-3.
Une plongée dans un univers étonnant.
• John F. M Moffitt - Picturing Extraterrestrials : Alien Images in Modern Mass Culture - Prometheus Books 2003 - ISBN 1-57392-990-5. Historien de l'art enseignant à l'Université d'Etat du Nouveau Mexique, l'auteur produit ici un livre sceptique d'une rare érudition.
• Dean Radin Ph..D. - The Conscious Universe – Harper Edge San Francisco, 1997
ISBN 0-06-251502-0. D'un abord difficile, le must absolu en matière de recherche parapsychologique récente.
• Pierre-André Taguieff - La Foire aux Illuminés – Mille et Une Nuits, 2004 - ISBN 2-842-05925-5.
La très touffue et très savante mise au point d'un penseur libre sur les théories du complot et de l'antisémitisme moderne.
• Jacques Vallée - Forbidden Science T1 et T2 - Documatica Research, LLC, 2007 & 2008.
Cette savoureuse et passionnante évocation du parcours d'un ufologue hors pair contient quelques remarquables admissions et morceaux d'anthologie.

(propos recueillis par Didier Gomez à Lombers, le 8 mai 2006. Réactualisés le 10 septembre 2009)

Vous trouverez également ici la Table des Matières d'une série d'autres textes que j'ai rassemblés sous la dénomination "Cheminements initiatiques" que vous ou d'autres membres de votre association peuvent "commander" gratuitement mais qui, vu leur caractère privé, ne sont jusqu'à nouvel ordre pas destinés à une large diffusion.  Pour consulter les titres disponibles cliquez ici. (membres et correspondants seulement)  Pour les commander, adressez simplement un mail au CERPI avec les titres qui vous intéressent, le CERPI transmettra.
 


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