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Le château de Beersel
Si l'on poursuit sur sa lancée, toujours rigoureusement en droite ligne et en s'éloignant de Bruxelles, on frôle le parc de Forest et le parc Duden cher à Léopold II (ce qui présente une première bizarrerie mais, reconnaissons-le, il n'y a pas de quoi fouetter un chat!) La suite du périple s'annonce moins droite, mais mettons les points sur les "i": si la route est, il est vrai, un petit peu plus capricieuse et moins respectueuse de la géométrie la plus stricte, il n'en est pas moins vrai que l'esprit général suit toujours une direction parfaitement semblable, un peu comme si l'on avait voulu brouiller les pistes, que tout ne soit pas trop beau pour être vrai, que les choses ne soient pas vraiment trop flagrantes. Bref, on continue en ligne droite (avec un tout petit peu de bonne volonté, mais il n'en faut vraiment pas des tonnes!) Et l'on se retrouve au château de Beersel!
Or donc, voilà qui s'annoncerait bien dans le cadre d'une nouvelle enquête du CERPI. Mais nous connaissons fort peu de choses à propos de l'édifice. Il y a de cela quelques mois, une petite escapade familiale nous avait amené un peu fortuitement dans la région et nous avions fait le crochet pour venir voir les ruines du vénérable témoin du passé. Mais le spectacle était plutôt désolant: le château est sinon vraiment en ruines du moins très délabré, c'est le moins qu'on puisse dire, ses douves sont asséchées, l'accès est interdit par des barrières et il y a peu de monde aux alentours pour nous renseigner (en français). Rien ne laisse supposer une hantise particulière, si ce n'est l'aspect habituel des vieux châteaux. Mais on sait bien aussi que tous les châteaux n'ont pas forcément leurs fantômes! Or donc, nous restions
dans l'expectative. Était-il utile de commencer à s'intéresser à
un tel château, sur base d'autres mystères et de curiosités
géographiques contestables alors que même son accès semblait aussi
difficile que dénué de réel enjeu? Il y avait de quoi douter.
D'autant que peu, très peu de documentation à vrai dire, venait étayer
le fait que le château soit digne de sa réputation. C'est donc un peu à temps perdu que certains éléments du CERPI se sont mis à effectuer certaines recherches sur l'édifice, un peu par curiosité en évoquant le "on ne sait jamais"... Sans rien en dire au big boss, on connaît son caractère... Sur le plan historique, ce qui ressort du Net se résume de la manière suivante, rigoureusement conforme au travers des divers sites visités, ce qui tend à prouver que l'histoire est bien immuable: Le nom Beersel est mentionné pour la première fois en 847 (Bersalis). L'endroit appartenait à l’origine à la métairie de Rhode-Saint-Genèse. Parallèlement, les seigneurs de Beersel possédaient sur ces terres un alleu et un petit fief, dépendants de différents familles ancestrales. Le premier seigneur connu de Beersel fut Godefroid de Hellebeke, sénéchal du duché le Brabant, une fonction qui sera conservée par ses successeurs, les châtelains de Beersel. Il existait déjà une fortification aux alentours de 1312. (Et même dès le XIIème siècle d'après d'autres sources!) En 1391, Jean Ier de Witthem († 1404), sénéchal de la duchesse Jeanne de Brabant et de son conjoint Wenceslas de Luxembourg, obtint la reconnaissance de ses droits seigneuriaux sur Bruxelles et sa région. Avec l'aide d'une milice populaire bruxelloise, il réussit à s’emparer du château voisin de Gaasbeek, où les assassins de Evrard ‘t Serclaes s’étaient réfugiés. Sa progéniture restera sept générations durant (jusqu'à la fin du XVIème siècle) maître du château fort. Sous Henri III de Witthem, (arrière-petit-fils de Jean Ier) le château fut pris en 1489 par une troupe de Bruxellois en révolte contre Maximilien d'Autriche. Les furieux Bruxellois ont d'abord ravagé l'habitation urbaine de Henri à la rue Volders, et ont ensuite tiré à l’arme lourde vers le château de Beersel (ceci sous le commandement de Philippe de Clèves). La forteresse a été fructueusement défendue dans un premier temps par Henri, le fils de Philippe de Witthem. Mais lors d'une deuxième tentative, elle fut lourdement endommagée et la garnison dut se rendre. Le chef de celle-ci, le capitaine bourguignon Guillaume de Ramilly, a été lynché publiquement sur la grand-place de Bruxelles. Maximilien prit cependant sa revanche et assiégea Bruxelles qui dut capituler, épuisée par la peste. Les Bruxellois furent obligés de rebâtir, et la maison de Henri, et le château de Beersel. Le 26 mai 1491, Henri III de Witthem, fut institué seigneur du château de Beersel et nommé chevalier de la Toison d’Or; plus tard il fut fait chambellan de Charles-Quint. Il devint donc un des seigneurs les plus puissants de son temps. Il est décédé le 17 septembre 1515 et son fils Philippe le suivi rapidement († 1523). Le décès en 1591 de Philippe, le petit-fils de Jan II, marqua la disparition du dernier héritier mâle des de Witthem. Par le mariage de sa fille Ernestine, château et seigneurie aboutirent dans les mains des ducs d’Arenberg. Le château fut ensuite négligé jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Il fut utilisé, sous Guillaume Ier en 1818, comme usine de tissage de coton mais cette initiative connut peu de succès. Il fut ensuite détruit partiellement et puis abandonné comme ruine. Une restauration en profondeur de ce pur exemple de l’architecture militaire de la fin du moyen âge fut finalement réalisée vers la moitié du XXème siècle, ce qui le sauva de l’abandon.
Nous n'avions donc pas avancé d'un
iota ou, si vous préférez (ce sera d'ailleurs plus pratique) d'un pas. Il y a tout de même un point qui nous
a fait tiquer: ce château qui paraît on ne peut plus abandonné, est
mentionné comme accessible au public, avec numéro de téléphone, prix
selon les âges, taverne-brasserie juste à côté, heures de visite, etc.
La situation aurait-elle changé récemment? (et donc très rapidement
puisqu'on ne restaure quand même pas un château en quelques coups de
cuiller à pot) Il y a donc là, sinon mystère du moins sujet à
interrogations car on peut supposer que si restauration il y a eu,
celle-ci a du être supervisée de manière pharaonique pour que l'aspect
général change du tout au tout en seulement quelques mois. Mais
laissons faire le facteur hasard: peut-être notre administrateur
était-il arrivé sur les lieux précisément un jour de fermeture, en
période de travaux. Bon! C'est possible! Quelques autres recherches nous
confirment dans un premier temps que le château pourrait être hanté,
mais nous mettons cela au conditionnel car la source est peu sûre.
Passons immédiatement sur les récits, certes amusants, des aventures de
Bob et Bobette, qui font état d'une mystérieuse main ou encore d'une
chauve-souris monstrueuse, il ne s'agit que de BD et donc d'imagination.
Cela mérite un clin d'oeil et un coup de chapeau à l'un des arts
typiquement belges: la bande dessinée. Mais comme il ne s'agit pas
des "histoires vraies de l'oncle Paul", auxquelles on aurait encore pu
accorder un certain crédit en se disant que sur toute légende se base un
fond de vérité, nous ne pouvions décidemment pas suivre le filon.
Hé bien peut être réside t-il dans le
fait qu'elle est supposée avoir été présentée au célèbre Harry Price
(qui s'occupa notamment de la retentissante affaire du presbytère de
Borley) et que celui-ci n'y décela aucun trucage. Nous nous
frottons les yeux et tachons de comprendre! Que la photo soit
truquée ou non nous importe peu dans l'immédiat, nous partons du
principe que si elle fut présentée à Price et que celui-ci se contenta
de cette remarque, c'est que lui aussi a du comprendre... ce que nous ne
comprenons pas! Mais, bon Dieu, qu'y a-t-il à comprendre?
Le plus curieux de l'affaire réside
finalement dans nos recherches plus élaborées sur le sujet. Là, il a
fallu faire de réels efforts pour trouver quelque chose de vraiment
convaincant, mais nous ne sommes pas mécontents du résultat! Or donc, il se fait que par les aléas
familiaux (en considérant que l'oncle du grand-père de l'un était le
cousin de la tante de la belle-soeur de... etc.) on trouve effectivement
un lien parental indiscutable avec une famille seigneuriale qui subit,
par actions interposées, des manifestations plus qu'étranges. Sauf
que le parent en question résidait, lui, dans un autre château, beaucoup
plus proche: celui d'Écaussinnes, tout proche de Soignies, lieu du siège
du CERPI! Du même coup, ce n'est plus un château
que nous avions à nous mettre sous la dent, mais deux! De
surcroît, l'affaire pourrait assurer le transfert sur une autre
coïncidence singulière déjà relatée dans nos pages, celle de
l'abbaye
de Cambron-Casteau et, dans ce cas, cela impliquerait (par alliance
et par nature oserions-nous dire en regard de ce qui s'expose dans
"l'Aventure fantastique") notre administrateur lui-même! Nous reconnaîtrons bien volontiers que
notre travail pose finalement plus de questions qu'il n'apporte de
réponses. Mais finalement, le travail (qui ne nous était pas
demandé!) consistait à établir, entendez: confirmer ou infirmer, qu'il
était utile ou pas d'entamer une enquête sur ledit château. Nous
croyons que la démonstration a été faite et laissons la décision au
patron... Au fait, juste un petit mot avant de
nous quitter: l'auteur de Bob et Bobette (image Tintin ci-dessus), c'est
Willy Vandersteen. Si ce nom ne vous dit rien, suivez donc
le lien, cela en vaut largement la peine! Pour la petite histoire,
c'est le même nom que le défunt oncle de l'administrateur en question,
mais celui-là, s'appelait Achille. Ça ne vous dit toujours rien?
OK! Nous reverrons donc la question dans la section "fantômes"...
Il y a aussi
Simba. |