Hommage à
Jacques Vandewattyne
Jacques Vandewattyne,
alias "Watkyne" est sans conteste l'un des personnages les plus
importants dans le domaine du folklore régional hennuyer en rapport avec
le surnaturel que j'aie eu à rencontrer et ce fut pour mon plus grand
plaisir.
Artiste, peintre, sculpteur, graveur, conteur, écrivain
dialectal folkloriste et père spirituel du fameux
Sabbat d'Ellezelles,
celui que l'on avait affectueusement surnommé "El saîsi" est également
l'instigateur des
sentiers de l'étrange.
C'est grâce à lui
aussi que la petite localité d'Ellezelles, dans le Hainaut, est
actuellement décorée de nombreuses œuvres personnelles. On lui
doit moult réalisations mais aussi un travail de recherche conséquent
ainsi qu'une lutte acharnée pour la sauvegarde du
Moulin du Cat
sauvage. Il serait fastidieux (mais ô combien édifiant!)
d'énumérer les points caractéristiques qui ont contribué à l'essor
touristique et folklorique de la région. Mais outre ce travail
titanesque, Jaques était aussi un homme cordial et plein d'humour.
Il aurait été impensable de réaliser ce site sans lui rendre un vibrant
hommage.
C'est vers les années
82-83 que j'ai eu l'honneur de le recevoir à Bois-de-Lessines, petite
localité wallonne perdue au milieu des champs, dans le cadre de mon
émission radiophonique "Bizarrement vôtre". Les studios d'alors
n'avaient rien des espèces de capsules spatiales que l'on voit de nos
jours. On était en pleine épopée des radios libres et S.I.L,
(Station indépendante lessinoise) était abritée dans une ancienne
fermette aménagée pour la circonstance. A la rigueur, elle aurait pu
passer pour la maison d'une sorcière et le décor convenait donc tout
particulièrement à l'interview du personnage que j'avais convié.
Pour fixer le rendez-vous, point besoin d'attaché de presse ou de
relations publiques, un simple coup de fil avait suffit et Jacques
Vandewattyne avait tout de suite accepté. Cela en disait long sur
la convivialité du personnage et la suite allait le confirmer.
Alors que d'habitude,
c'est à l'animateur de mettre son invité à l'aise car ce dernier
rencontre le trac bien connu du micro, ici ce fut presque l'inverse.
Cela
ne manquera pas d'étonner ceux qui me connaissent puisque, lors
d'émissions précédentes, de prestations sous chapiteaux et dans
l'exercice de mes fonctions de garde du corps j'avais déjà côtoyé
d'assez nombreuses sommités du monde du showbiz (Johnny Hallyday, Michel
Sardou, Hervé Vilard, Lio, Frédéric François, Hector Delfosse, Bob
Descamps, Jo Lemaire, et bien d'autres).
Cependant ici, les choses étaient différentes. Il s'agissait d'une
personne très en vue qui œuvrait dans le même domaine que moi, mais
avec ô combien plus de connaissances, d'expérience, de savoir-faire, de
polyvalence, de documentation et de spécialisation, sans compter le
talent bien entendu! Il ne s'agissait pas de repousser l'un ou
l'autre fan exubérant, il était surtout question de ne pas paraître
idiot, de poser des questions tout à fait opportunes, bref: de ne pas
gâcher cet événement radiophonique.
Je découvris un homme
simple et sympathique qui, sous des airs graves (la barbe fait souvent
cet effet là!) et manifestement instruit, cachait bien mal l'amuseur
public, l'humoriste né, la personne de bonne compagnie que l'on ne se
lasse pas d'écouter. C'est donc sur le champ que la glace fut
brisée et qu'il s'établit même une sorte d'amitié confraternelle, une
compréhension réciproque, une grande convivialité.
L'émission fut un régal, coula de source,
ce n'était pratiquement plus une interview mais un dialogue qui n'avait
plus besoin des structures préétablies. Bien que la radio soit par
définition un média essentiellement auditif, il déploya son art avec
tant de maîtrise que les auditeurs durent certainement voir surgir les
sorcières dans leurs chaumières. On aurait dit que le temps
s'était arrêté et que la ville entière retenait son souffle, comme
envoûtée par les modulations de voix du conteur.
Faut-il le dire, cette émission demeura
parmi mes meilleurs souvenirs radiophoniques et les commentaires furent
des plus élogieux. Mais ce n'était pas le plus important.
Jacques me transmit en effet quantité de documents divers, des livres,
des cartes, dépliants, posters, etc. tout un héritage qui ne passait pas
inaperçu (en fait j'étais chargé comme une bête de somme, et heureux de
l'être!). Tant de générosité devait avoir quelque chose de prophétique
et ce n'est qu'un juste retour des choses si une vaste partie de ce site
est consacrée à ce Grand Monsieur.
Quant on y pense et que l'on consulte les dates, (Jacques est né en
1932, l'interview a eu lieu alors que le GESO d'antan avait connu la
défection de la quasi totalité de ses membres pour des raisons diverses,
soit en 82-83, il nous a quittés en 1999 soit peu de temps avant la
résurrection du groupement en 2000) on s'aperçoit qu'à sa manière, le
Grand Jacques a assuré la transition, d'une façon presque paranormale
entre les deux courants. Il a été la vestale qui a entretenu le
feu sacré, dans un lien quasi mystique avec
mon père puisque c'est ce
dernier qui m'avait mis sur ses traces.
Et dans la même optique, il est nécessaire
de signaler ici un fait assez étrange, difficilement transmissible.
Dans cet entretien, ce face à face radiophonique, s'établit aussi une
sorte de communication tacite, muette mais très parlante. Je ne
sais s'il convient ici de parler de message, toujours est-il que je suis
persuadé que Jacques Vandewattyne, par sa grande expérience des choses
du surnaturel et ses nombreuses études dans le domaine, décela le
pouvoir qui sommeillait en moi, les facultés qui allaient surgir
ultérieurement et dont le substrat était déjà présent. Jacques occupe une place toute
particulière, privilégiée, dans mon cœur. C'était un collègue, un
modèle, une référence, quelque part aussi un maître à penser, c'était en
tous cas un ami. Je lui dois la quasi totalité des illustrations
relatives au sabbat d'Ellezelles et à ses sorcières, celles sur le
Moulin
du Cat Sauvage,
Hercule Poirot,
Quintine
la terrible sorcière d'Ellezelles, une multitude de contes folkloriques,
une documentation impressionnante (on devrait dire une bibliothèque!) et
quantité d'autres choses encore. Mais je lui dois aussi, outre mon
respect inconditionnel, le souvenir immortel de sa chaleur humaine, sa
sympathie, sa cordialité et sa prodigieuse générosité.
Merci, Jacques, pour tout ce que tu as fait pour nous!
M.Vanbockestal
Voyez notre
compte rendu du sabbat 2006 |