La
tradition de la Simpélourd
 A
mon arrivée, il y a une vingtaine d'années (en 1989), dans la cité
sonégienne patronnée par Saint-Vincent, je croyais que l'on fêtait,
au mois d'octobre, un saint dont le calendrier avait le secret:
c'était la Saint-Pélourd! Hé bien: il s'agit d'une erreur commise
fréquemment par les touristes et les autres personnes qui ne
connaissent pas (encore) bien Soignies, et ce saint n'existe pas!
Comme vous le savez (ne serait-ce que grâce au titre) cela s'écrit
"Simpélourd". Mais qu'est-ce que cela veut dire? On serait bien en
peine de le trouver en cherchant au dictionnaire!
La tradition de la Simpélourd remonte à deux
cents ans et met en scène les déboires sentimentaux d'un habitant
trompé par son épouse, tourné en dérision d'abord par ses proches,
l'ensemble de la ville ensuite, tant ce bonhomme était jugé à la
fois "simple et lourd". La contraction des deux mots a donné
"Simpélourd", avec une petite note de patois local.
Une farce donc, et ce n'était qu'un début, comme
vous allez le voir en suivant ces pages.
La fête du mari trompé
Dans chaque grande cité ou presque, il est des
coutumes qui depuis des générations rassemblent les foules. A
Soignies, depuis plus de 2 siècles, c'est le plus ancien bourgeois
de la ville que l'on fête le samedi précédant le 3ème dimanche
d'octobre.
On
pense souvent que la Cité de la pierre bleue abrite une multitude de
«Cayoteux» au cœur … ? (Les cayoteux sont les travailleurs de la
pierre - par extension: personnes dures et froides comme ce
matériau). Pourtant s'il est un citoyen qui a le cœur sur la main et
la plaisanterie aux lèvres, c'est bien le Sonégien, lui qui se plaît
à faire la fête «jusqu'à ce qu'il n'a pu d'liard à dispenser»
(jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'argent à dépenser). Pas étonnant,
donc, que le folklore de ce peuple goguenard présente une face assez
cocasse.
Une
tradition toujours peaufinée.
Simpélourd
n'a rien d'un personnage vertueux digne des plus grands hommages.
Celui dont on célèbre la simplicité et la lourdeur n'est en fait que
la victime d'un vaste canular qui tend à démentir la morosité et la
froideur du peuple de «Sougnies» (Soignies). Ainsi la légende veut
qu'un dimanche matin d'octobre 1754, Soignies fut secouée par un
immense éclat de rire. Dans la nuit, sous la conduite d'Adrien
Hiernaux, quelques gais lurons avaient pendu aux fenêtres de
plusieurs habitations un mannequin évoquant les fredaines ou les
malheurs des habitants qui avaient défrayé la chronique au cours de
l'année.
Cette plaisanterie amusa la foule plusieurs
heures durant. Pendant quelques années, «la nuit des mannequins»,
fut ainsi reconduite. On en améliora même le principe en y ajoutant
le jeudi suivant la fusillade des mannequins, histoire de passer
l'éponge sur les mésaventures des victimes. Cette «couyonade»
(blague) fut interrompue par le décès de l'instigateur mais reprit
son souffle en 1762, la seule différence étant dans l'unicité du
bouc émissaire.
A l'honneur, un mari cocu décédé depuis quelques
temps. En mémoire de ce «cornard», on pendit son effigie à la
fenêtre d'une habitation proche de son lieu de résidence. Le mythe
de Simpélourd était né avec lui «El Ducace» (la ducasse, la
kermesse). Cela fait donc 200 ans que Simpélourd revit annuellement
à Soignies. Mais aujourd'hui cet homme n'est plus objet de moqueries
; il inspire au contraire compassion et sympathie, des qualités que
l'on retrouve au travers de son appellation amicale «Mononk» (mon
oncle).
Mais qui est Simpélourd ?
Plusieurs
versions existent quant au personnage de Mononk Simpélourd. Selon
l'historien Jules Sottiaux, il s'agirait d'un "brave savetier
malmené par sa femme et qui aurait trouvé refuge dans l'alcool". Un
jour qu'il était saoul «comme toute la Pologne», il battit tant et
tant sa femme que les voisins durent s'interposer en le traitant
tantôt de Simple, tantôt de Lourd. La justice locale lui infligea
alors la lourde peine d'être exposé 2 jours durant à l'une des «bowètes*»
de la place. Théophile Lejeune, un autre historien, raconte quant à
lui qu'un "Sonégien, abandonné par sa femme", voulut se venger de
ses amis moqueurs. Il les invita à dîner mais remplaça le plat de
jambon par un "appétissant morceau de bois peint". Pour le punir de
cette stupide plaisanterie, ils promenèrent l'effigie du farceur à
travers toute la ville. Selon toute vraisemblance, le cortège actuel
trouverait là ses origines. Une 3ème version relate l'histoire d'un
homme qui aurait tenu le pari de rester debout sans bouger durant 3
longues heures à la fenêtre de l'étage du cabaret de la Sotte Nowé
en tenant un morceau de tarte à la main. Ayant gagné son pari, il
fut traité de Simple et Lourd. Si cette version compte moins
d'adeptes que les précédentes, elle explique tout de même la raison
pourquoi le mannequin Simpélourd tient en main un morceau de tarte.
La satyre bourgeoise
devenue kermesse.
C'est
la veille du 3ème dimanche d'octobre que débutent les festivités. A
18h, un sonégien grimé et habillé en Simpélourd sort de la gare de
Soignies, une valise à la main, comme s'il revenait de voyage et est
accueilli par la foule composée de riverains, d'autorités locales et
du comité des fêtes. Il grimpe alors dans sa décapotable et
distribue des poignées de carabibis, ces succulentes babeluttes
sonégiennes. Des fanfares, des gilles, des grenadiers de la Garde
Impériale de Soignies et d'autres groupes folkloriques ainsi que les
géants Dudule et Joséphine accompagnés de leur fille Charlotte,
escortent Simpélourd à travers la ville pour le mener ensuite au
cabaret de la Sotte Nowé. Là, il apparaît à la fenêtre de l'étage,
salue la foule et déguste le fameux quartier de tarte à prones
(tarte aux prunes). Profitant alors de l'inattention des badauds,
Simpélourd se retire et est remplacé par un mannequin qui restera
exposé les 3 jours suivants, jusqu'à ce qu'il soit brûlé le mardi
soir. Lors de cette ultime cérémonie, plus intime, le mannequin est
décroché de sa fenêtre et remplacé par un second plus rudimentaire,
construit sue un manche de brosse. On le conduit à la potence où il
est pendouillé, imbibé d'essence et enfin brûlé. C'est à ce moment
que la foule peut entonner la célèbre chanson : "Simpélourd est
deskindu avu l'rue du Moulin à s'ku eyé tout l'aristocratie du
Faubourg é du Pachy" avec pour leitmotiv, une ritournelle cent fois
répétée : "Viv ‘Sougni, vi' Sougni, Simpélourd es't a's guerni".
(1) Simpélourd est descendu avec toute la rue du Moulin derrière lui
et toute l'aristocratie du faubourg et de la campagne.
(2) Vive Soignies, vive Soignies, Simpélourd est à son grenier
Encore quelques détails…..
Carabibis: la
pâte, à base de sucre, est lancée sur un «crochet» et étirée vers
soi à maintes reprises jusqu'à ce qu'elle devienne plus claire.
Puis, de longs «boudins» sont roulés. Ce travail laborieux se fait à
la main et tant que la pâte est très chaude, sinon elle durcit.
Aussitôt, les «carabibis» sont coupés aux ciseaux avant d'être
emballés dans un papier spécial qui les empêche de fondre.
Tarte à prones : s'il est de
tradition que Mononk en mange un quartier chaque année, il est un
autre mets que les familles sonégiennes partagent à l'occasion de la
ducasse, «le lapin à prones». Ce plat trouve son origine dans le
fait que la ducasse a lieu en automne et que le fruit de saison est
la prune. C'est à ce moment que le lapin est bon pour la casserole.
Mygalomorpha Sonegiensis: depuis
1992, il existe à Soignies une autre curiosité folklorique. Il
s'agit d'un autre canular rapporté par un libraire de la ville et
selon lequel on aurait trouvé une énorme mygale dans le clocher de
la Collégiale romane Saint-Vincent. Lors de travaux de restauration
dans l'édifice religieux, on aurait en effet découvert une
particularité architecturale ayant la forme d'une araignée. La
rumeur a tant et si bien couru qu'après la période d'angoisse et de
suspicion, les habitants ont adopté cette bébête et l'ont intégrée
au défilé folklorique.
En wallon, "ènn bowète" représente généralement
un compère-loriot, petite infection oculaire provoquant douleur et
gonflement mais guérissant vite. Un "truc de vielle femme" consiste
à frotter doucement la partie enflée à l'aide d'une alliance en or
(le truc est d'autant plus efficace que cela guérit même sans
alliance, vu la rapidité de la guérison naturelle. Cela fait penser
au traitement miraculeux des céphalées: prendre deux aspirines et
faire dix fois le tour de l'église... On peut aussi se contenter des
deux aspirines et d'attendre qu'elles fassent leur effet,
c'est-à-dire à peu près le temps de faire dix fois le tour de
l'église (tout dépend de la vitesse à laquelle on marche et de la
grandeur de l'église. Si vous essayez avec la basilique de
Koekelberg, sûr que deux ou trois tours suffiront!). Mais, pour en
revenir à nos moutons, une bowète cela peut aussi être une
ouverture, une fenêtre ou une excroissance. Et Simpélourd est en
effet exposé à la fenêtre d'un café du coin (qui d'ailleurs ne fait
pas le coin).
Et l'étrange?
Bon! Voilà pour les traditions et fêtes locales ainsi que leurs
origines. Maintenant qu'en est-il de la composante surnaturelle?
Pour le savoir, il vous suffit de cliquer sur la flèche vers la
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sur:
http://www.philagodu.be/GENERALCULTUREL/TOURISME/collegiale_soignies.html
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