Le(s) Golem(s)
Faut-il
parler du Golem, comme on parle du monstre de Frankenstein en
sous-entendant une entité unique et singulière ou de Golems comme s'il
s'agissait d'une "race" de monstres fantastiques? En fait, la
confusion qui entre dans l'esprit populaire provient sans doute du
succès du livre de Gustav Meyrink: "Le Golem". Ce dernier évoque
le mythe en le présentant comme si le personnage fabuleux créé pour
l'occasion était un être à part dont il nous conte l'histoire. En
réalité, ce Golem n'est pas unique. Il existe théoriquement autant
de Golems que l'être humain peut en créer, bien que l'on ne puisse que
conseiller qu'il n'en crée pas trop, faute de quoi, en tenant compte des
risques encourus, il risquerait fort de ne plus y avoir d'êtres
humains... Mais qu'est-ce donc qu'un Golem?
Dans la tradition juive, les golems sont des statues
d'argile que la magie kabbalistique est supposée pouvoir animer. Voilà
qui, en admettant que cela fonctionne, ouvre de nouveaux horizons car
cela permettrait d'obtenir de la main d'œuvre à bon marché, les golems
étant corvéables à merci et dociles à souhait. Dotés de respiration, de
mouvement et de parole (bien que certaines versions prétendent qu'ils en
soient dépourvus), ils peuvent ressembler en tout point à un être
humain, à la différence près qu'ils sont doués d'une force
exceptionnelle et d'une faculté de croissance extrêmement rapide. Le hic
de l'affaire, c'est que cette croissance surprenante les transforme presque inexorablement en
de redoutables géants qui deviennent incontrôlables et c'est évidemment
là que les ennuis commencent!
Fort heureusement
pourrait-on dire, ce n'est pas n'importe qui qui peut se permettre
d'animer un golem. Si la réalisation physique n'est relativement
pas compliquée (il suffit de disposer de suffisamment d'argile et de
mettre la main à la pâte) le doter de vie est une autre histoire.
C'est que pour y arriver, il convient d'être mage kabbalistique (juif de
préférence malgré que cela ne soit pas présenté comme une condition sine
qua non) et nanti d'une puissance magique hors du commun. D'une
manière ou d'une autre, nous maintiendrons notre conseil de ne pas
essayer, c'est déjà bien suffisant avec la belle-mère dont nous vous
parlons souvent, il n'y a donc pas besoin de compliquer encore les
choses!).
Selon un midrash des
IIè et IIIè siècles, Dieu lui-même se serait essayé à ce genre de
pratique et l'Homme en serait une variante dans les résultats car il lui
aurait accordé, en plus l'intelligence créatrice et la parole. Si l'on
s'en réfère à la Bible, on se rend compte que cela n'est pas dénué de
fondement, qu'il existe une certaine concordance entre les deux.
Dans le cas qui nous
préoccupe, les golems (avant de devenir ces géants destructeurs) n'ont
pas une condition particulièrement enviable. Il s'agit d'une
vulgaire copie de l'être humain, dépourvue de conscience et
d'intelligence qui, nous l'avons dit, peut s'assimiler à l'esclave par
toutes les basses besognes que l'on peut lui imposer et bien que les
ravages qu'il peut ultérieurement occasionner soient considérables, le
golem n'a qu'une existence très instable qui ne tient qu'à un fil, ou
plus exactement à une lettre.
En effet, pour se
débarrasser d'un golem encombrant il ne faut pas avoir recours au parc à
containers mais à une autre astuce typiquement kabbalistique. Lors
de la conception d'un golem, le mage trace sur son front (celui du
golem, pas le sien, évidemment!) le mot "emeth" qui signifie "vérité".
Par la suite, toute la difficulté peut résider dans l'obligation
d'effacer la première lettre de ce mot (et seulement celle-ci!) de
manière à obtenir le mot "meth", qui veut dire "mort". Dès que
c'est fait, le golem s'écroule aussitôt et redevient une masse d'argile
inerte, ouf!
Il existe quantité
d'histoires mettant en scène des golems et leur trame est sensiblement
la même. Les événements se déroulent souvent à Prague,
l'inscription faite sur le front du golem se résument parfois à deux
lettres de vie que sont ghimel et lamed, le monstre échappe
traditionnellement au contrôle de son créateur ce qui provoque tout le
chahut que l'on imagine et il faut ensuite arriver à l'anéantir, ce qui
ne va pas sans mal et justifie de nombreuses aventures et
rebondissements. En fait l'histoire a une vocation moralisatrice
et symbolise le danger qu'il y a (ou qu'il peut y avoir) à jouer à
l'apprenti sorcier, principalement quand il s'agit de rivaliser avec le
Grand Créateur et de se mettre à vouloir l'imiter. Il arrive
fréquemment que le mage à l'origine du golem soit écrasé par sa propre
créature.
Dans l'histoire plus
récente, notamment à l'époque des pogroms, les golems ont cessé de
revêtir ce rôle de monstres destructeurs et sont devenus les géants
protecteurs des ghettos juifs, jouissant de certaines facultés (guérir
les maladies, chasser les démons), bref: ils sont devenus des
bienfaiteurs.
Il existe de nombreuses
variantes en ce qui concerne les golems. L'inscription magique est
parfois tracée sur la bouche de la créature plutôt que sur son front, il
est parfois fait usage d'un parchemin. La matière première
utilisée n'est pas toujours de l'argile non plus et des golems originaux
on obtient des "élémentaux" (des créatures constituées par des
éléments), d'où l'histoire de Frankenstein par exemple.
Malgré que les golems
soient purement imaginaires, certains leur accordent une réalité dont la
croyance provient de la religion. On aborde donc là un sujet sensible
sur lequel nous n'épiloguerons pas afin de ménager les susceptibilités.
Il est cependant indispensable de signaler un dernier point important à
ce sujet, lequel découle certes d'une légende mais que l'on ponctue
toujours d'un "on ne sait jamais".
Cette légende veut
qu'un véritable golem soit entreposé (ou dormant) dans la genizah
(entrepôt des vieux manuscrits hébreux, il est interdit de jeter des
écrits qui contiennent le nom du très-haut) de la communauté juive de
Prague, qui se trouve dans les combles de la synagogue Vieille-Nouvelle
de Josefov, qui serait d'ailleurs toujours scellée et gardée.
D'aucuns prétendent que ces lieux sont sévèrement gardés simplement afin
de préserver l'intégrité des précieux documents religieux qui s'y
trouvent, mais d'autres avancent qu'il s'agit également d'éviter qu'un
intrépide, un inconscient ne vienne risquer de ranimer (ou de réveiller)
le golem. On suppose donc que le corps en question aurait été créé
jadis par un mage disposant des pouvoirs requis et que la créature
serait toujours chargée de la magie capable de le ramener à la vie.
Il suffirait donc de réunir les conditions adéquates pour que le
dangereux prodige se reproduise. Tout ceci, comme souvent, repose
sur un certain fond de vérité: le mage en question est connu, il s'agit
du rabbin
Juda Loew ben Bezalel, la synagogue présente des curiosités
architecturales, l'accès à l'endroit où se trouverait le golem est
interdit au public, on ne peut le voir qu'à distance et il est dépourvu
d'escaliers.
LE ROMAN
Le roman suit les traces d'Athanasius Pernath, un
tailleur de pierres précieuses vivant dans le ghetto de
Prague, qui a perdu tout souvenir de son passé. Sa vie
paisible et discrète est perturbée le jour où une femme,
Angelina, qu'il aurait connu quand il était enfant,
l'implore de l'aider. Ainsi se trouve-t-il plongé dans
une intrigue complexe au cours de laquelle il va
rencontrer des personnages hauts en couleurs dont les
motivations et les intentions sont aussi obscures
qu'inquiétantes.
Au début du récit, Pernath reçoit la
visite d'un inconnu qui lui apporte un livre à
restaurer, le livre "Ibbour". Il s'agit pour Pernath du
début d'une aventure initiatique, parallèle à l'intrigue
principale, au cours de laquelle, guidé par l'archiviste
versé dans la Kabbale Hillel et sa fille Mirjam, il va
retrouver ses souvenirs enfouis depuis des années,
découvrant alors des pans ignorés de sa personnalité.
Le Golem, de Gustav Meyrink, se trouve dans sa
version originale de la collection Marabout (de 1969, en français, -> Der Golem) , dans la bibliothèque du
CERPI. Il s'agit d'un authentique chef-d'œuvre.
(voir couverture en illustration ci-dessus)
Présentation de l'éditeur:
C'est dans l'atmosphère trouble de la
vieille ville de Prague nourrie des légendes des Juifs
kabbalistes que se déroule l'action de ce roman,
peut-être le plus étrange de la littérature fantastique
contemporaine. Et c'est là, dans cet univers nauséeux,
grouillant de misère et de désolation que le Golem,
figure d'argile rouge créée par des artifices magiques
et personnifiant le dérèglement de l'homme dans la
société moderne, fait son inquiétante apparition... A la
suite d'Achim von Arnim et de E.T.A. Hoffmann, Gustav
Meyrink (1868-1932), l'un des maîtres de Kafka, s'en est
inspiré pour écrire ce chef d'oeuvre qui, plus qu'un
mythe, est l'expression même de la condition humaine
avec ses effrois et ses grandeurs.
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